L’affaire chloroquine: Scientisme et affairisme

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Olivier Veran s’est rué sur l’étude de The Lancet comme la petite vérole sur le bas clergé breton pour interdire la chloroquine. Le scandale n’a pas tardé à éclater: les hopitaux australiens et espagnols contestent que les données viennent de chez eux, on découvre que les données ont été fabriquées par une start-up dirigée par une nancienne call-girl, que les médevins rédacteurs de l’étude sont payés par Gilead… Ce que nous aura appris cette crise c’est le poids considérable des laboratoire sur la recherche. Même le directeur de la revue explique que les labos sont désormais en mesure d’imposer les articles qui conviennent à leurs intérets. J’ai expliqué dans un précédent article en quoi le scientisme était une pseudo science – qui fait ses ravages dans de nombreux domaines – dont le but est de fournir une base légitime aux intérpets des grands lobbys pharmaceutiques.

CR

Chloroquine : les lobbys pharmaceutiques soupçonnés de truquer le débat

A coups d’études scientifiques, la bataille autour de la chloroquine fait rage. La violence de la polémique, devenue mondiale, laisse penser que c’est une bataille économique que livrent les grands laboratoires plus qu’une controverse scientifique.

Personne ne les lit mais tout le monde en parle : depuis deux mois, les études sur l’hydroxychloroquine se succèdent à un rythme effréné. Didier Raoult, qui défend l’utilisation de la molécule, en a publié trois depuis le début de la pandémie. Ceux qui contestent ses affirmations peuvent maintenant fièrement brandir l’étude parue le 22 mai dans la revue scientifique The Lancet. A partir de l’analyse de plus de 96 000 dossiers médicaux dans le monde, l’étude détaille les effets nocifs du médicament sur les patients atteints du Covid. Etant donné le prestige dont jouit cette revue scientifique, la parole du seul Pr Didier Raoult était censée s’incliner devant ce résultat incontestable. Seulement voilà, des scientifiques du monde entier ont pointé les failles méthodologiques de cette étude et demandé l’accès aux données. Des doutes émergent quant à l’intention des auteurs de l’étude.

Des erreurs méthodologiques dans l’étude du Lancet

D’abord, des erreurs grossières ont été relevées, que même un profane peut comprendre facilement. Comme le détaille un article du Guardian paru hier , le nombre de morts en Australie mentionné par l’article du Lancet ne correspondait pas au décompte des autorités australiennes. Les chercheurs affirmaient en effet avoir recueilli les données dans 5 hôpitaux australiens regroupant 600 patients atteints du coronavirus, et 73 morts du Covid au 21 avril. Seulement, selon les données de la John Hopkins University, qui fait référence en la matière, le 21 avril, l’Australie ne comptait que 67 morts du Covid. Pour expliquer cette erreur, les chercheurs ont expliqué qu’un hôpital asiatique avait été inclus dans la liste des hôpitaux australiens. Pour une revue aussi reconnue que le Lancet, l’étourderie est un peu grosse…

Pour tuer la chloroquine, on s’appuie sur un article qui n’est pas scientifique

A ce détail qui n’en est pas un, s’ajoutent des remarques d’ordre méthodologique. Dans une lettre adressée aux quatre auteurs de l’étude et au directeur de la publication du Lancet Richard Horton, 100 chercheurs du monde entier pointent des failles majeures. Les patients sélectionnés présentaient des problèmes cardiaques, biais qu’il est impossible d’éliminer dans l’analyse des données. Ils reprochent également aux auteurs de ne pas respecter les standards du « machine learning » et notamment l’accès aux méthodes d’analyse et aux bases de données. Des chercheurs de Columbia ont également demandé l’accès aux données de l’étude. Au Brésil, un collectif de 300 médecins reproche au protocole d’administrer une trop forte dose d’hydroxychloroquine et à un stade trop avancé de la maladie. Didier Raoult a toujours précisé que son traitement devait être donné dans les premiers jours de la contamination pour être efficace. Bref, des chercheurs très sérieux d’universités très sérieuses ont émis de sérieuses réserves sur l’étude du Lancet.

Des cardiologues contre un infectiologue

Vient alors une question lancinante : comment un journal aussi prestigieux, dont tous les articles sont relus par un comité de lecture indépendant, a pu laisser passer des erreurs telles ? Pourquoi est-il pour l’instant impossible d’accéder aux données de l’étude ? Ces interrogations dépassent le simple champ de la controverse scientifique. Il devient intéressant de connaître le contexte dans lequel a été réalisée cette étude. D’abord, les auteurs, les professeurs Mandeep R Mehra, Sapan S Desai, Frank Ruschitzka et Amit N Patel sont tous cardiologues et non infectiologues. Les dernières semaines ont montré à quel point le champ de spécialité importe dans le monde médical pour émettre un avis. L’un d’entre eux est le fondateur de la société Surgisphere, qui travaille sur des bases de données médicales, ce qui pousse le FroguePrl, chercheur français en endocrinologie à conclure que « ce papier est une merde en grande partie fabriquée par une firme inconnue qui voulait se faire de la pub ». Dieu sait pourtant qu’il ne porte pas le directeur de l’IHU dans son cœur : « Raoult est très nuisible à la recherche médicale », estime-t-il.

Le système est ainsi fait qu’il rend la frontière entre collaboration et corruption très ténue

Un autre auteur, le Pr Mandeep R Mehra dirige le centre de cardiologie de l’hôpital de Brigham à Boston, le même hôpital qui a testé le remdesivir contre le coronavirus. Or, le remdesivir est fabriqué par le laboratoire Gilead. Prouver que le remdesivir est plus efficace que l’hydroxychloroquine est évidemment dans l’intérêt de Gilead. « Pour tuer la chloroquine, on s’appuie sur un article qui n’est pas scientifique » tonne le même Pr Froguel.

Collaboration ou corruption ?

Que les laboratoires et les plus grands chercheurs collaborent n’a rien de scandaleux en soi : ce sont les laboratoires qui financent la recherche et permettent d’explorer de nouvelles pistes. Pour que l’utilisation d’un médicament contre une maladie soit autorisée, les laboratoires doivent obtenir l’aval des autorités de régulation du pays, en France la Haute Autorité de la Santé. Publier un article rigoureux dans une revue scientifique reconnue, dont The Lancet facilite l’obtention du précieux sésame. Naturellement, les laboratoires poussent de grands chercheurs à publier des études sur leur traitement. Même si en France des lois encadrent les relations entre laboratoires et chercheurs, le système est ainsi fait qu’il rend la frontière entre collaboration et corruption très ténue. Fervent défenseur du Pr Raoult et de son traitement, Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la santé a rapporté les propos qu’aurait tenus le directeur de la publication du Lancet, le Dr Horton, lors d’une réunion à huis clos : « Maintenant on ne va plus pouvoir publier des données de recherches cliniques parce que les laboratoires pharmaceutiques aujourd’hui sont tellement forts financièrement et arrivent à avoir de telles méthodologies pour nous faire accepter des papiers, qui apparemment sont parfaits méthodologiquement, mais qui au fond font dire ce qu’ils veulent. ». S’ils sont exacts, la saga de la chloroquine n’est pas prête de se finir.

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