Chloroquine : le plus grand scandale sanitaire (français) du siècle ?

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26 octobre 2020

Point-de-vue. Le Dr Gérard Maudrux, ancien chirurgien urologue libéral à Grenoble et ancien président de la Caisse autonome de retraite des médecins de France, la CARMF, tient un blog iconoclaste sur le Quotidien du Médecin. Il nous a autorisé à republier son article publié aujourd’hui sur l’hydroxychloroquine, ce médicament qui suscite un débat planétaire. Voir aussi, ci-dessous, la réaction du Pr Raoult.

« A ce jour, les données disponibles, très hétérogènes et inégales, ne permettent pas de présager d’un bénéfice de l’hydroxychloroquine, seule ou en association, pour le traitement ou la prévention de la maladie Covid-19 », argumente l’ANSM. De quelles données dispose-t-elle ? J’ai l’impression que ce ne sont pas les mêmes que tout le monde (hormis celles diffusées par la presse française qui n’aura pas été neutre dans cette affaire).

Cela fait un moment que je voulais faire une synthèse de toutes les publications contradictoires sur HCQ depuis 8 mois, afin de voir quelle tendance on pouvait en tirer en les additionnant, le doute étant semé de toutes parts. En m’y attelant, je constate que d’autres l’ont fait, je vais donc m’en inspirer.

Phase précoce : zéro étude montrant l’inefficacité

Tout d’abord un petit rappel : Il y a 2 phases dans la maladie : la phase de développement du virus, avant la constitution des défenses naturelles, sur laquelle peuvent agir les virucides, en tuant ou freinant le virus, puis la phase des effets secondaires, inflammatoires, respiratoires et vasculaires, qui font la gravité de la maladie, et sur lesquelles les virucides n’ont aucun effet.

Première constatation, et non des moindres : combien d’études démontrent l’inefficacité de HCQ en phase précoce et uniquement précoce ? En France ? Zéro. Ailleurs, idem à ma connaissance. Qui peut m’en donner ? Or c’est dans cette indication que l’ATU a été demandée, sur quelle base l’ANSM a-t-elle pu se prononcer en l’absence de ces publications ?

En France, 3 études ont été faites en phase précoce, et toutes trois sont à l’opposé des déclarations de l’ANSM : celle de l’IHU de Marseille, bientôt 9 000 cas, celle interdite de 800 cas des médecins libéraux (« laissez les prescrire »), et Hycovid d’Angers. Les deux premières sont critiquées par des puristes où la méthode prime sur le résultat, ignorant l’observation de soignants de terrain au profit de statisticiens. Et pourtant 9 000 cas, mortalité de 0,5%, à comparer au groupe placebo de 1 million de contaminés avec une mortalité de 3,4% (bien abaissée grâce aux larges tests, passant de 20% à 3,4%, alors qu’elle a toujours été stable à Marseille sur la même période). Vu le nombre dans chaque cohorte, la qualité des groupes doit être statistiquement homogène selon la loi des grands nombres, plus fiable que le tirage au sort.

En ce qui concerne Hycovid, ce devait être une étude portant sur 1 300 cas, randomisée en double aveugle, conduite par le CHU d’Angers avec 36 autres établissements. Critères : efficacité jugée sur le nombre de passages en réanimation, chez des sujets à risques, présentant au moins une comorbidité (obésité, HTA, Diabète, besoin d’oxygène). But affiché de l’étude : mettre fin à la polémique. Raté pour ce premier objectif, vu la suite des évènements : seulement 250 cas inclus, du fait de l’arrêt prématuré de l’étude, dont les raisons ne sont pas claires : ni accident, ni inefficacité. Certains évoquent l’affaire du Lancetgate et l’attitude de l’OMS, mais le Lancet date du 22 mai, (rétracté le 5 juin), le dernier patient inclus du 21 mai, et l’OMS a repris le 3 juin et continué jusqu’au 4 juillet. Fausses explications. La baisse de l’épidémie et la difficulté de recruter (on dit que les patients venaient pour HCQ, mais refusaient le tirage au sort) est plus crédible, mais il y a aussi l’attitude de l’ANSM qui a eu une grande influence pour fermer l’étude le 9 juin.

Ceci étant dit, les résultats, promis pour fin juin, début juillet, ont été mis en ligne sous pression le 19 octobre : réduction de 50% de la mortalité à 28 jours. Conclusion : « statistiquement non significatif lié à la taille restreinte de la cohorte de patients » ! Je vous laisse juges de cette conclusion faite pour rester dans le politiquement correct. Par ailleurs 0 décès ou intubation dans le groupe HCQ + AZI, certes ce groupe de 10 patients est trop faible, mais quand il y a 3 décès sur 11 patients dans le groupe placebo correspondant, cela pose quand même question aux médecins, pas aux statisticiens !

Ainsi sur notre territoire, 3 études et seulement 3 études en phase précoce, qui vont toutes trois dans le même sens d’une efficacité certaine, et aucune étude ne prouvant le contraire, alors que les détracteurs sont nombreux, mais impuissants à prouver ce qu’ils avancent par autre chose que des paroles. On peut y ajouter une quatrième, avec des fuites, (non vérifiables pour le moment, mais non contredites),  concernant Discovery qui montrent également les mêmes résultats, tous aussi tronqués par un arrêt prématuré inexpliqué.

Qu’en est-il, pour les autres publications mondiales ? J’ai trouvé deux méta analyses, l’une portant sur 147 études, l’autre sur 118, que j’ai retenu, car plus claire. Les conclusions pour la partie précoce, avec 19 publications, sont sans appel : « Le traitement précoce est le plus efficace, avec 100% des études rapportant un effet positif et une réduction estimée de 63% de l’effet mesuré (décès, hospitalisation, etc.) à l’aide d’une méta-analyse à effets aléatoires, RR 0,37 [0,30-0,47] ». Moyenne des études : 63% d’effets positifs et zéro étude avec effets négatifs.

Et un petit graphique de l’école de médecine de Yale pour terminer :

Maintenant les autres études, plus ou moins précoces :

Etudes à charge

Déjà en avril je m’étonnais d’un certain parti pris des autorités et de la presse « On tergiverse sur la qualité des publications au lieu de savoir s’il faut traiter ou non.Il y a eu une première publication favorable en février sur 100 cas, dans10 centres (Wuhan, J ingzhou, Guangzhou, Pékin, Shangai, Chongqing, Ningbo). Réponse de nos experts: pas randomisée. Ensuite ils nous sortent une étude sans effet, randomisée début mars de luniversité de Zhejiang, 15 traités, 15placebo, excusez du peu, nombre non significatif. Rebelote en Chine fin mars, 62 patients, cette fois randomisée (2x31, mais ils nont plus beaucoup de patients à traiter). Après 5jours,80% améliorés chez les traités,55%chez les non traités. Réponse des détracteurs: ce nest pas une publication, mais une prépublication ,qui par ailleurs ne correspond pas à la déclaration préalable obligatoire! »

Ensuite, c’est le grand n’importe quoi : cette étude, vantée par notre ministre auprès des parlementaires, où l’on administrait HCQ aux cas les plus graves chez des grabataires, telle une extrême onction, pour démontrer l’inefficacité. Et puis Mehra et The Lancet, vaste escroquerie intellectuelle, tout autant vantée par le Ministre, l’ANSM, l’OMS, conduisant à l’arrêt de nombre d’études. Il y avait pourtant une phrase dans cette étude qui aurait dû les interpeller, indépendamment du reste : « Nevertheless, a cause-and-effect relationship between drug therapy and survival should not be inferred. These data do not apply to the use of any treatment regimen used in the ambulatory, out-of-hospital setting. » En clair : ces constatations ne s’appliquent pas aux patients traités en ambulatoire, en dehors de l’hôpital. Le Lancet s’est rétracté, avec excuses, pas nos responsables.

La presse française et nos responsables, ministres et ANSM en tête n’ont porté d’attention qu’à ces études, se gardant bien de nous informer sur la centaine d’autres études plus sérieuses.

Etudes favorables

Que dire de l’étude brésilienne d’avril, 636 patients, 412 traités, 224 non, 3 fois plus d’hospitalisés dans le second groupe. Que dire de cette étude multicentrique italienne, 3451 patients dans 33 centres, 76,3% ont reçu HCQ, réduction de moitié de la mortalité. En juin c’est la Fondation Henri Ford qui possède de nombreux hôpitaux, et qui a traité dans 6 deses hôpitaux à Detroit 2541 patient avec HCQ+AZI, le taux de décès est diminué de 71%, aucun effet secondaire. Toujours en juin,  c’est une autre étude, dans 8 hôpitaux de New York, 6493 patients dont 3708 hospitalisés, avec encore division par 2 du nombre de décès, toujours sans effets secondaires. Là c’est en Arabie Saoudite, 7892 patients positifs confirmés par PCR dans 238  établissements en ambulatoire : 1 critère : l’hospitalisation dans les 28 jours. Résultat : moitié moins dans le groupe HCQ. Encore aux Pays-Bas, 1064 patients dans 14 hôpitaux, avec réduction de 53% d’admissions en soins intensifs. En Italie, autre étude multicentrique, 3451 patients dans 33 centres, 76% avec HCQ, le reste sans, taux de mortalité divisé par 2. Belgique, 8075 patients hospitalisés, 4542 avec HCQ, 3533 sans, mortalité premier groupe 17,7%, dans le second 27,1%, soit 70% de plus. Toutes ces études multicentriques (il y en a d’autres), sont une garantie contre la manipulation d’une seule équipe.

En Chine et en Espagne

Une des dernières études chinoises d’août, 2882 patients hospitalisés et graves, 278 sous HCQ, dont 48 état critique. Mortalité 3 fois supérieure dans le groupe sans. Et en Espagne, première étude sur 1645 hospitalisés : « nous constatons que le risque de décès était significativement plus faible pour les patients traités par azithromycine, prednisone et, en particulier hydroxychloroquine.», et seconde étude sur 502 patients (dont 85% avec pneumonie) conclut à « une réduction du fardeau de la pression hospitalière avec moins de patients graves ». 0 décès. Et pour terminer, cerise sur le gâteau, une publication du 20 août du seul hôpital de l’île de La Réunion (France) sur164 hospitalisés pour Covid : « Malgré le profil de risque des patients atteints de pneumonie hypoxémique sévère, le taux de mortalité était de 0%, Cela peut être dû au pack de soins utilisé dans notre hôpital (hospitalisation précoce, traitement par HCQ / AZT et / ou corticostéroïdes, assistance respiratoire non invasive, etc.). »

Synthèse

Qu’en est-il de la synthèse des méta analyses, sur plus de 100 publications et qui excluent les publications douteuses ?  Elles confirment toutes l’efficacité significative à tous les stades, moins que dans la phase précoce. Les auteurs trouvent que les résultats, toutes études confondues, sont mitigés, mais ils signalent quand même que 68% montrent des effets positifs. Ils constatent également que : « les études négatives entrent principalement dans les catégories suivantes : elles montrent des preuves de confusion non ajustée significative, y compris la confusion par indication ; l’utilisation est extrêmement tardive ; ou ils utilisent une dose trop élevée. » Nous l’avons constaté depuis des mois dans les seules études publiées en France, avec les cas les plus graves volontairement mis dans le groupe HCQ, moyennes d’âges plus jeunes, surdosages, prescriptions « in extremis »,…

Etudes randomisées

En ce qui concerne les seules études randomisées, les résultats sont superposables aux non randomisées, avec une constatation amusante des auteurs, dont la logique humaine ne plaira pas aux défenseurs de la randomisation : 87,5% des études prospectives rapportent des effets positifs, contre 69,8% des études rétrospectives. Les auteurs seraient-ils influencés par leurs convictions dans leurs études rétrospectives ? « Même avec le petit nombre d’ECR à ce jour, il existe une forte indication d’efficacité. En excluant le traitement tardif, 100% des ECR à ce jour rapportent des résultats positifs ». Les auteurs en concluent que si ces études randomisées sont très précieuses et minimisent les biais potentiels, elles ne sont ni nécessaires ni suffisantes, et constatent que des études observationnelles bien conçues ne surestiment pas systématiquement l’ampleur des effets du traitement par rapport aux études randomisées. En clair : tous les médecins qui ne randomisent pas ne sont pas des menteurs.

Etudes prophylactiques

Ils ont également analysé des études sur la prophylaxie, avec 74% de positives. La logique voudrait que les résultats soient les mêmes qu’en phase précoce, mais les auteurs signalent que les séries négatives se retrouve chez les porteurs de maladies auto-immunes (traitées au long terme par HCQ), pathologies qui ne font pas forcément bon ménage avec le Covid.

Tous les détails, la méthodologie et les sources sur https://hcqmeta.com  Pour les détails voir surtout en annexes 1)Méthodes et résultats, et 2)Analyses avec exclusions. Voir également d’autres méta analyses : https://c19study.com (149 études), https://hcqtrial.com (80 études), Sans oublier les méta analyses de l’IHU de Marseille. Quand on élimine les études discutables, trafiquées, non relues par d’autres, toutes concordent pour démontrer l’efficacité de HCQ en phase précoce, mais aussi plus tardive, et ont les mêmes chiffres. Il y en a d’autres, mais plus elles sont réduites, plus elles peuvent être tendancieuses. En France, nos élites ne retiennent que quelques études manipulées.

Par ailleurs, je n’ai pas creusé sur un point bien signalé par l’IHU de Marseille : la diminution de la charge virale, également étudiée dans quelques articles étrangers. Qui dit moins de virus dit moins contaminant et moins longtemps, donc moins d’extension de l’épidémie.

Autre point, la France est un pays extraordinaire, cela semble être un des rares où, selon les autorités, la molécule d’HCQ a muté. C’est une chose classique chez les virus, qui peuvent devenir plus ou moins virulents, mais une première concernant une molécule médicamenteuse. Inoffensive pendant 70 ans, voilà qu’elle est devenue dangereuse, perturbant le facteur bénéfice/risque à l’origine de la décision de l’ANSM.

Conclusion

Au vu des études françaises et mondiales, il est indéniable que l’Hydroxychloroquine a un effet sur le/la COVID-19. Plus la prescription est précoce, plus elle est efficace, passant de 100% à 60-70% d’effets positifs. De manière surprenante, il n’y aurait, qu’en France que cela ne marche pas.

Concernant ces effets positifs, les plus mesurables et indiscutables sont l’hospitalisation et le décès, réduits de 50% dans toutes le méta analyses. Le problème de la France est l’accès à l’hospitalisation, en voilà une solution facile et peu coûteuse, que les autorités se comportant comme les singes de la mythologie bouddhiste, ne veulent ni voir, ni entendre, ni discuter, attitude qui va coûter cher en vies et PIB.

Dans ce contexte, la dernière décision de l’ANSM n’a rien de médicale, il faut en chercher ailleurs les raisons. Il semble également que comme beaucoup, elle ne lise que la presse grand public qui se précipite sur les articles à charge et ignore les autres. Les auteurs de l’analyse, que j’ai largement utilisée, ont constaté qu’il n’y avait pas qu’en France qu’existait ce problème. Ainsi ils font remarquer que le New York Times, n’a jamais publié que des articles montrant l’inefficacité, aucun ne montrant le contraire. Il faut sans doute chercher l’explication dans les sponsors du journal. Partout il y a plus d’article montrant l’efficacité (discutée) du Remdesivir, que de HCQ, alors qu’il n’y a qu’une étude qui le dit pour le premier, et plus de 100 pour le second…

HCQ n’est peut-être pas la panacée, elle n’a pas 100% d’effets positifs comme certains traitements indiscutables, et même si elle ne soulage que 30% des patients au lieu de 60% comme le montrent les études, en l’absence d’autres traitements, c’est toujours ça de gagné, et au moins 10 000 vies. Sans compter l’effet placebo, comme dans tout médicament, qui peut tranquilliser l’esprit et soulager, rassurer nombre de concitoyens (voir mon article), car dans cette affaire, n’oublions pas qu’il n’y a pas que le Covid, il y a aussi des patients, et des concitoyens inquiets d’une absence ou d’un refus de traitement.

Pratiquement tous les pays au monde, soit conseillent HCQ (comparez leur mortalité/hab avec la nôtre, c’est 10 fois moins), soit sont neutres, mais dans tous les cas laissent les médecins faire leur métier. Le malheur, c’est que chez nous, ce sont les politiques et les hauts fonctionnaires qui soignent, pas les médecins. Le titre de l’article d’un médecin américain publié dans Covexit m’interpelle : « Chose truth and chose life ». Pourquoi ? Parce que nous sommes à l’opposé : « choisissez le mensonge et choisissez la mort. »

La réaction du Pr Eric Raoult

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