La nature et les conséquences de la crise du coronavirus

Economie symbiotique, Mondialisation, Politiques publiques, Problèmes économiques , , , ,
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Entretien donné à Atlantico:

  1. L’économie française reste énormément dépendante de ses fournisseurs chinois. Une pénurie est-elle à envisager en France? Quels secteurs pourraient être touchés ?

En préalable, il faut remarquer que le coronavirus ne constitue pas – à ce jour – une épidémie mortelle comme le fut la grippe espagnole ou les pestes de l’ancien temps. Le taux de mortalité chez les personnes atteintes n’est que de 1% et concerne surtout les personnes au-dessus de 60 ans présentant d’autres pathologies. Ce virus agit donc comme le virus de la grippe saisonnière sauf qu’il est beaucoup plus virulent et qu’il touche des peronnes plus vulnérables, ne touchant pas les enfants. Le traitement contre le coronavirus est un traitement symptomatique comme pour la grippe avec des précautions supplémentaires pour éviter la contagion, et comme pour la grippe, 99% des patients en sont guéri en quelques jours.

Il faudra éclaircir plus tard comment il est apparu en Chine, mais pour l’heure il faut noter que lors de la précédente épidémie de SRAS en 2003, la Chine ne pesait que 8,5% du PIB mondial alors en pèse aujourd’hui près de 20%.

Les chaines de valeur en France sont, comme dans beaucoup d’économies développeés, fortement internationalisées, donc les conséquences sur l’économie française ne manqueront pas d’être conséquentes :

  • Entre 60% et 80% des principes actifs des produits pharmaceutiques sont produits en Chine et en Inde. De même, dans l’automobile, de nombreux composants, des batteries des véhicules électriques aux composants électroniques, sont fabriqués en Chine, dot les terres rares essentielles à la fabrication des composants électroniques et des aimants pour les éoliennes
  • La production de l’économie chinoise baisse, mais la consommation de matières premières baisse elle aussi. Si, durant le premier trimestre de 2020, le PIB de la Chine a reculé de -2% comme on l’annonce, alors, cela implique un recul de -0,4% sur le PIB mondial. L’impact direct, pour un pays comme la France, sera aussi lié à la baisse du tourisme et de la consommation qui lui est liée.
  • La production hors de Chine est aussi touchée (la Corée du Sud, l’Italie, voire les Etats-Unis). L’effet direct de cette épidémie, comme l’effet de panique qu’elle provoque, aura des conséquences délétères sur la production. L’OCDE, chiffre à -0,5% sur l’année l’impact de l’épidémie sachant qu’il s’agit d’une moyenne qui peut connaître de fortes amplitudes selon les régions.

Des pénuries sont à attendre avec l’arrêt du transport maritime qui importe de nombreux équipements chinois, notamment dans le domaine des biens de consommation. Le tourisme maritime va être fortement ralenti : on ne voit pas qui se risquerait à embarquer sur le navire croisière Diamond Princess où les mesures de confinement ont au contraire servi d’incubateur pour propager le virus aux passagers.

Quant à voir des régions françaises isolées du reste du territoire – comme le fut la Provence lors de la peste de 1720 – rien ne le justifierait compte tenu de la faible morbidité du virus, si ce n’est une stratégie de dramatisation dont le gouvernement entendrait tirer profit compte tenu de ses soucis avec l’opinion.

  1. Quels ressorts économiques peuvent être mobilisés pour atténuer l’impact d’une pénurie d’ampleur ? 

Au niveau mondial, une menace pèse sur les marchés financiers qui n’ont pas à ce jour pris en compte le risque induit par le coronavirus. Des analystes sérieux de l’économie financière comme Philippe Béchade considère que l’épidémie pourrait être un « cygne noir » annonçant un effondrement des marchés compte tenu de leur niveau actuel très élevé et de leur comportement irrationnel, un excès à la baisse prolongeant un excès a la hausse. Face à cela, les banques centrales (Banque du Japon, Banque de Chine, FED et BCE) pourraient avoir recours à leur technique habituelle de quantitative easing, soit imprimer de la monnaie pour soutenir les marchés, ce qui aurait pour conséquence de faire baisser les taux d’intérêt, voire de les rendre négatif, avec un impact sur tous les revenus basés sur les taux d’intérêt, donc les revenus d’épargne des ménages moyens, et donc sur la consommation. On songe avec effroi ce qu’il en serait si le système de retraite à point était en vigueur, où il suffirait de baisser la valeur du point !

 Impact qui s’ajouterait à la baisse de fréquentation des magasins en raison de l’épidémie.

Aux Etats-Unis, le président Trump a décidé une baisse d’impôts pour inciter la classe moyenne à investir dans les marchés boursiers pour soutenir les cours. Avec la conséquence connue formulée à la veille de la crise de 1929 par Joseph Kennedy (le père du Président) « quand votre cireur de chaussures vous parle d’actions, il est temps de vendre ». Comme le souligne Philippe Béchade, cette décision va amener les petits porteurs à soutenir les cours pour permettre aux 0,1% de vendre leurs actions avant que les cours ne s’effondrent.

Pour atténuer l’impact d’une crise d’ampleur, on peut observer des comportements de bon sens de consommateurs : retourner vers les commerces de proximité et ne plus aller dans ces grandes surfaces qui sont des incubateurs de virus de toutes sortes. La profession médicale commence à expliquer que ce virus n’est qu’une « mauvaise grippe », comme on dit habituellement, qu’il se guérit de lui-même à l’aide de traitements anti-symptomatiques dans la grande majorité des cas.

Atténuer l’impact commence par cesser pour le gouvernement de diffuser des messages trop alarmistes qui entrainent la saturation des services d’urgence. A la baisse de l’activité économique il devra répondre par d’autres réponses de bon sens comme diminuer le matraquage fiscal

  1. Cette crise sanitaire peut-elle permettre une remise en question de notre modèle économique à long terme ?

Plus qu’une crise sanitaire, puisque le virus, pour virulent qu’il soit, est peu dangereux et à faible mortalité, c’est une crise qui teste la résilience de nos systèmes :

  • Le système hospitalier où la moyenne d’âge des médecins est de 60 ans, donc dans cible du virus. Des absences plus importantes que pour les grippes saisonnières sont donc prévisibles, qui vont s’ajouter aux conséquences catastrophiques des politiques malthusiennes imposées par l’Union européenne pour réduire les capacités des services d’urgence et de l’hôpital.
  • Le principal responsable de cette propagation est la mondialisation avec le poids des transports qui met en contact des écosystèmes qui n’avaient pas de relations en donc pas d’anticorps. On a ici un choc microbien à bas bruit comme celui qui toucha les indiens d’Amérique à l’arrivée des Espagnols.
  • Il peut sortir des conséquences positives de cette crise : le retour à la production dans nos territoires. Des firmes qui avaient délocalisé ont relocalisé (on pense à Lectra System en Aquitaine) constatant que les supposée économies de coût de main d’œuvre sont plus que compensée par les pertes en qualité et en innovation. Nos territoires sont riches en capacité d’innovation comme l’analyse Pierre Veltz dans un petit livre lumineux « la France des territoires, défis et promesses » et ce peut être de rééquilibrer des circuits courts de production et de défendre le Camembert au lait cru de Normandie, attaqué par les industriels.
  • Autre conséquence positive : le renchérissement des coûts d’importation des terres rares et du coût de fabrication des éoliennes qui sont une source majeure de pollution de toute nature et qui entendent justifier la fermeture de nos centrales nucléaires au moment même où les avances de la technologie permettent de gérer les derniers problèmes de recyclage des déchets nucléaires. Le nucléaire est une énergie totalement renouvelable et non polluante alors que les éoliennes sont un vecteur de transport des virus et de pollution sur les lieux de production en Chine, au cours du transport par bateau et sur leurs lieux d’implantation.

Plus fondamentalement, la cause profonde de la propagation de ces nouveaux virus réside dans le déséquilibre au sein des écosystèmes naturels : villes géantes avec leurs bidonvilles, destruction des habitats naturels, prolifération d’espèces aux dépens d’autres et l’accélération de la mutation des microbes animaux en agents pathogènes humains, tous ces symptômes sont la conséquence des déséquilibres entre écosystèmes que nos civilisations ont créé. Il existe aujourd’hui de nouvelles approches, encore en développement mais qui doivent devenir un champ de recherche prioritaire, autour de concepts comme léconomie symbiotique où tout sortie d’un écosystème (humain, technologique, naturel) est une ressource pour un autre et où la consommation d’une ressource accroît le volume de ressources disponibles. De quoi mettre un terme à la complexité incontrôlable que nous créons en mettant en contact tout avec tout.

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