Construire un avenir face au nihilisme des écologistes (3).

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Pour terminer – provisoirement – ma série de contributions sur l’écologisme, après avoir démonté cette idéologie il est important de tracer un chemin pour une véritable écologie. L’économie symbiotique est une approche qui permettrait potentiellement non seulement de réduire  les pollutions à zéro, mais de transformer les coûts de recyclage en investissements et de passer d’un économie à rendements décroissants à une économie à rendements croissants, point que j’ai développe dans mon livre sur les villes intelligentes. Cela est à l’opposé de l’entreprise de destruction menée par les nihilistes écologistes qui, quand ils s’occupent de l’environnement et pas de bricolage idéologique, ne proposent que des mesures ponctuelles dont l’impact sur le système d’ensemble est négatif. L’accumulation de gadgets dit “intelligents” ou durables consomme en pratique des ressources fossiles extrêmement polluantes, à commencer par les éoliennes qui consomment des terres et produisent une pollution considérable, et contribuent à, l’assèchement des sols. Même chose avec les véhicules électriques

1.Aux sources troubles de l’écologisme

2. Résister au nihilisme écologiste

CR

 

Construire un avenir face au nihilisme des écologistes (3)

Par Salomon Couderc

Un écologue sérieux s’attaquerait aux réels problèmes d’une économie qui n’a plus de direction. Le écolos, inspirées par leur idéologie de désindustrialisation, de destruction et de punition du peuple, ne proposent que des mesures parcellaires sans aucune vision d’ensemble. Trottinettes et vélos ne procèdent d’aucune analyse des systèmes de transport, comme auDanemark par exemple. Paris se dote d’un « adjoint au quart d’heure », mais avoir accès à tous les services en moins d’un quart d’heure suppose une conception d’ensemble du système de vie urbain comme à Singapour qui a fixé comme contrainte à la conception de la ville pas plus de 45 minutes par jour de déplacement domicile lieu de travail. La science des systèmes nous apprend que la sur-optimisation d’un sous-ensemble aboutit à une sous- optimisation du tout.

Les écolos-nihilistes ne proposent que des mesures anti-symptômes : ce n’est pas toujours absurde comme l’interdiction des sacs en plastique, mais cela ne s’attaque pas aux causes qui les produisent. Le but des écolos est de ramener l’humanité au “meilleur des mondes“, un état de nature fantasmé qui tournerait le dos à deux siècles de développement technologique.

Tout cela s’appuie sur un nombre impressionnant de stupidités:

  • Il faut sauver la planète même si pour cela  il faut sacrifier l’humanité ! Or, il y a plusieurs centaines de milliards de systèmes solaires dans notre galaxie contenant des planètes comme la nôtre … et plusieurs centaines de milliards de galaxies dans l’univers visible … et combien d’autres univers ? Sauver notre terre n’a de sens que parce qu’elle abrite l’humanité. Le vrai enjeu écologique est l’inverse : rendre la nature plus accueillante, de manière durable, pour l’homme.
  • La dimension de notre monde est finie, nos ressources ne sont donc pas illimitées. Non, dans une économie circulaire aux principes de fonctionnement symbiotiques tout étant recyclé, un monde limité peut fournir des ressources illimitées, à condition de ne rien jeter ! L’exception à cette absence de limites est l’énergie qui ne peut pas être recyclée (2ème principe de la thermodynamique) : c’est la seule vraie limite. Heureusement, nous avons le nucléaire qui nous offre une énergie peu chère quasiment infinie.
  • Contre le nucléaire, industrie inépuisable et non polluante, ils soulèvent l’objection de déchets radioactifs à haute activité et à vie longue (les HAVL) pour lesquels aucune solution de stockage n’a été arrêtée. Or, avec le laser “On peut réduire la radioactivité d’un million d’années à 30 minutes” déclare Gérard Mourou, prix Nobel de physique, qui peut développer cette solution. La sécurité peut aujourd’hui être assurée par les centrales de 4-ème génération à neutrons rapides avec comme combustible le thorium. Mais pour cela il faut faire les bons choix stratégiques: le gouvernement va consacrer 50 milliards d’€aux éoliennes qui défigureront nos paysages tandis que le budget du CNRS n’est que de 3,3 milliards d’€.

Les désordres du monde viennent des théories de « la mondialisation heureuse » qui ont créé un système où tout est connecté avec tout, qui nie les cultures, les traditions, les nations, les frontières, jusqu’aux différences entre les sexes, qui sont autant de cadres naturels d’auto-régulation. Ces multiples connexions ont accru la complexité du monde au point qu’elle ne soit plus pilotable. Sans souci du bien commun, la complexité sans but s’accroît, rendant le système turbulent. L’archéologue et anthropologue Joseph Tainter[1] montre que les sociétés n’ont eu alors d’autres solutions que de réduire leur taille pour les ramener à un niveau de complexité gérable. C’est ainsi que les grands empires ont disparu. Mais Tainter souligne qu’il y a une bonne complexité qui intègre les technologies nouvelles dans la dynamique des systèmes qui deviennent des éco-systèmes capables de s’auto-réguler. En somme, les oligarques et leur mondialisation ont détruit la bonne complexité et créé de la mauvaise.

Cet effondrement n’a rien d’inéluctable. Dans tous les cas étudiés par Jared Diamond dans Effondrement[2], il s’agit d’enchaînements d’erreurs humaines, de mauvaises décisions face à des phénomènes nouveaux et des chocs qui ont rendu les systèmes non résilients, incapables de faire face à un évènement qui aurait pu être banal. Jared Diamond montre que ces sociétés se sont effondrées parce qu’elles ont pris des décisions catastrophiques que rien ne les obligeait à prendre, si ce n’est l’incompréhension des phénomènes qu’elles ont elles-mêmes créés, comme la destruction des écosystèmes naturels par l’introduction de nouvelles espèces lors des colonisations.

Les tâches auxquelles nous devons nous attaquer sont la gestion des déchets, le gaspillage énergétique, la reconstruction d’une cohérence des territoires sacrifiés à la mégalomanie des métropoles, la qualité de vie dans les villes, le soutien au développement de la France rurale. Tout cela a une cause : une gestion exclusivement comptable à court terme qui ne prend pas en compte les conséquences à moyen long terme dont les coûts sont considérables. Notre administration n’est pas dotée d’une comptabilité et de mesure de la performance qui prenne en compte les coûts complets des décisions, pour comprendre que, par exemple, la rentabilité du véhicule électrique doit intégrer les pollutions générées par sa fabrication, la production d’électricité et les coûts de recyclage des batteries. La crise sanitaire a montré l’absurdité quasi criminelle des politiques de réduction des coûts à l’hôpital. On ferme une maternité qui ne fait plus que 300 accouchements par an mais on ne mesure pas l’impact négatif de cette économie sur un territoire qui n’a plus de maternité et y trouve un nouveau facteur de désertification.

Nous avons besoin de cadres formés à une approche symbiotique du développement économique, telle que développée par l’écologue et scientifique Lynn Margulis[3] Il s’agit de passer d’une conception par éléments à une conception d’écosystèmes[4] : une ville n’est pas une somme d’immeubles, même fussent-ils « intelligents ». C’est un système de relations et d’interactions entre activités. Vivre en bonne santé ce n’est pas (seulement) manger du quinoa – dont la monoculture détruit l’agriculture traditionnelle des pays andins – mais concevoir des villes et aménager des territoires où l’on peut menerune vie saine par des conditions de travail, d’alimentation et d’activités physiques et avoir accès aux soins médicaux.

La cause est à en rechercher dans la formation de nos « élites ». En 1993, l’écrivain canadien John Saul publiait « Les bâtards de Voltaire, la dictature de la raison en Occident », ouvrage essentiel qui lessivait nos technocrates qui croient tout savoir et ne savent rien! Ils  ont LA méthode, ils produisent des théories et la réalité doit s’y plier. La crise de la COVID19 a montré la totale incompétence, non seulement du gouvernement mais de l’ensemble de l’Administration, à appréhender la complexité de la situation.

Toutes les réformes administratives ne serviront à rien tant que l’on ne sera pas attaqué à la reconstruction d’une intelligence française digne de son histoire.

Pour les écolos, les territoires sont condamnés à une économie du tourisme qui fournira une rente de survie à notre société désindustrialisée. Or, la recherche en économie de territoires[5] a montré que « l’entreprise innovante ne préexiste pas aux milieux locaux, elle est secrétée par eux ». Le territoire est un capital immatériel qui se caractérise par une histoire, la capacité à générer un projet commun et des consensus, qui est corrélée à la dynamique de l’innovation : accès à la connaissance technologique, marché du travail et savoir-faire technologique sont des actifs immatériels territoriaux qui génère de l’innovation. Et ce capital n’est pas transférable, ne peut nous être volé ni copié. On innove dans les villes moyennes, pas à La Défense qui n’abrite que des sièges sociaux.

A nous d’investir les villes moyennes et les territoires pour entamer la reconquête par la promotion de l’instruction, de la formation et de la science. Cela se fera sans doute par le biais d’initiatives privées, l’école et l’université étant corsetées par la technostructure de la Rue de Varenne. « Ce n’est qu’au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son vol » écrivait Hegel au début du XIX° siècle. Chouette qui est symbole de la connaissance, de la sagesse, de la perspicacité et de l’érudition. Nous sommes au crépuscule, nous sommes au fond du trou, c’est le bon moment pour prendre notre envol.

 

NOTES

[1] Joseph Tainter, L’effondrement des sociétés complexes, Paris, Le retour aux sources, 2013

[2] Jared Diamond, 2006, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Paris, Gallimard, Collection « NRF Essais »

[3] Microbiologiste, elle découvrit que l’évolution provenait de la coopération entre espèces et non d’une compétition destructive. Pour elle, les partisans de la théorie standard « vautrés dans leur interprétation de Darwin du point de vue de la zoologie, du capitalisme, de la compétition, des coûts-bénéfices – ont complètement faussé sa pensée. Le néo-darwinisme, qui insiste sur l’accumulation lente de mutations par la sélection naturelle au niveau du gène, est une théorie de trouillards. »

[4] Dans l’économie symbiotique, toute sortie d’une écosystème (industriel, humain et naturel) est une ressources pour un autre, de sorte que le gaspillage est quasiment éliminé et que la croissance de la consommation d’une ressource augmente la disponibilité totale des ressources.

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p style=”text-align: justify;”>[5] Développée en Suisse par Philippe Aydalot, Économie Régionale et Urbaine, Economica, Paris, 1985

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