L’école, fer de lance du combat contre la civilisation française

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En 2002 j’ai publié un numéro de la Revue Panoramiques, animée par le regretté Guy Hennebelle ” Education nationale, des idées à rebrousse poil”, dont on trouve quelques articles sur mon ancien site. J’ai depuis cessé toute publication sur ce sujet, considérant que la bataille était totalement perdue, ce qui est un fait.

Mon itinéraire professionnel m’ayant amené à être directeur d’un projet système d’information au ministère de la recherche, j’ai pu constater de visu que le ministère était tenu par une techno-structure de savants fous qui n’avait de cesse de détruire tout ce qui restait de l’éducation nationale. Quelques rares professionnels compétents survivaient dans un environnement d’incompéence prétentieuse, de démagogie, de bavardage se voulant réflexion stratégique qui aboutissait à du bricolage institutionnel. Toute capacité de critique et de travail me fut retirée par le nouveau directeur de la recherche, Gilles Bloch, un de ces nombreux bureaucrates qui pensent que, parce qu’ils ont été de bons scientifiques, ils peuvent faire de bons stratèges, la  plaie de ce ministère.

Tout ce petit monde n’avait donc qu’une obession: Etre moderne, soit détruire l’ecole qui avait  fait la France, apprendre à lire, écrire, compter et situer dans le temps et dans l’espace. Ce qui fut fait  par la gauche – ou la pseudo  gauche diront certains – qui s’est révélée la force réactionnaire la plus structurée, réfléchie et efficace, bien pus que la  pire des droites aurait pu le réver.

Nous en sommes là.

Il fallait “s’adapter à la mondialisation”, au libéralisme de l’homme  nomade, sans histoire et interchangeable, sans sexe, sans race, et tout couler dans un relativisme  obsessionnel. Le culte du jeune, inculte, spontané, nouvel avatar de la “brute blonde” nietzchéenne, la pulsion biologique à l’état pur qui fut mobilisée par tous les totalitarismes, que ce fut le nazisme ou le communisme. C’est  Greta  Thunberg aujourd’hui.

Bien sûr toute idée d’héritage, de continuité d’une civilisation, était condamnée comme raciste, colonialiste, aau nom de la construction de “l’homme nouveau”

Et ce n’était pas qu’en France! Lors d’un congrès scientifique en Italie, j’écoutais une communication d’une jeune chercheurse italienne sur la reconstruction du capital social dans les Balkans post-conflit. Il n’était question que d’échanges entre les jeunes, de fêtes… Fort bien. Je posais la question de la prise en compte de la ligne de fracture historique entre empire ottoman et empire romain d’Orient, qui structure la civilisation des Balkans: réponse “mais nous ne prenons plus en compte tout celà! Nous partons des accords de Dayton sans tenir compte du passé”. Dix siècles d’histoire effacés en appuyant sur reset! Nous avons fabriqué des monstres qui ne pensent plus qu’en vaste reegineering de l’humanité pour fabriquer l’homo europeus et l’homme volage à la Attali. Des profs incompétents et abrutis d’idéologie moderniste ne peuvent former que des abrutis et des incompétents.

Rien de tout cela n’aurait été possible sans la conversion de la gauche au néolibréalisme, au nihilisme et au relativisme incarnés aujourd’hui par ses obsessions sexuelles et racistes qui veulent cantonner chacun dans une identité sans racines sociales où la politique, comme participation à la vie de la cité, est remplacée par des “luttes” contre un fascisme imaginaire contre une inépuisable liste de machinphobies.

CR

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Robert Redeker : «L’école s’applique à effacer la civilisation française»

 
Dans son nouvel ouvrage «L’École fantôme», Robert Redeker livre un terrible constat de ce qu’est devenue l’école en France. 

FIGAROVOX/ENTRETIEN – En ne remplissant plus sa fonction traditionnelle de transmission, l’école de la République est devenue une fabrique de zombies et d’individus hors sol, explique le philosophe dans L’École fantôme, un essai percutant dans lequel il analyse les causes de ce désastre et trace des voies pour l’avenir.

Robert Redeker est un philosophe à l’esprit lucide et au verbe tranchant. Il le paye depuis dix ans en vivant loin du monde sous garde rapprochée, suite à une chroniquecélèbre où il dénonçait les intimidations de l’islamisme. Auteur de nombreux ouvrages, il n’a cependant jamais cessé de publier du fond de sa retraite. Il livre aujourd’hui un terrible constat de ce qu’est devenue l’école en France. Crise de l’enseignement, crise de l’éducation, crise de la vie. Selon lui, il n’y a pas d’école sans une pensée de l’homme, de la société et de l’identité nationale, toutes notions qui ont profondément été bouleversées depuis 1981.

LE FIGARO. – La question de l’école n’a-t-elle pas pris une dimension quasi ontologique en cette période de trouble?

Robert REDEKER. – L’école de la République est un village Potemkine laissant croire, tel ce trompe-l’œil de propagande, qu’existe toujours, derrière ce mot, ce que les Français supposent être leur école. Par exemple, toute une propagande tente de faire croire, en dépit de l’aveuglante évidence, que le baccalauréat est encore un diplôme et un niveau, que l’école a encore des exigences intellectuelles. Même est le mot, qui a été sauvé, autre est la réalité, qui a été chamboulée. L’école en France a été assassinée, le fantôme de ce qu’elle fut porte son nom. Désignons les assassins. Le pédagogisme, avec à sa tête son âme damnée, Philippe Meyrieu, et à sa solde toute la bureaucratie de l’institution. Najat Vallaud-Belkacem, via la réforme du collège, a parachevé le meurtre de l’école de la République avec une rage peu commune.

«L’enseignement doit être résolument retardataire», a dit Alain. Il ne prépare l’avenir qu’en plongeant l’élève dans le passé. L’école ne doit pas être explicitement ordonnée au progrès (social, humain, politique), mais à la conservation, qui passe par la transmission de contenus. Or, depuis 1981, réforme après réforme, l’école ne cesse de s’éloigner de sa raison d’être. Elle refuse désormais de transmettre le savoir, spécialement le savoir littéraire, devenant, selon le mot de Jean-Claude Michéa, «l’enseignement de l’ignorance». Fabriquer des ignorants – en substituant à l’enseignement l’«apprendre à apprendre» – est désormais la pratique de notre système scolaire.

Voulue, planifiée, organisée, cette destruction poursuit obstinément un but anthropologique: la fabrication d’un homme nouveau, le remplacement du type d’homme tel qu’il existe dans les nations européennes depuis des siècles par un type inédit. Un homme hors sol, déraciné, un zombie hébété. Un homme échangeable avec tous les autres hommes de la planète. Un homme aussi abstrait qu’un numéro: l’homme indéterminé. Un homme équivalent à tous les autres hommes – sur le fond de la confusion entre l’égalité et l’équivalence. Cette perspective rend compte de toutes les récentes réformes, puisque pour la réaliser il faut empêcher l’accès des jeunes générations à la haute culture, changer, à travers des dispositifs comme les ABCD de l’égalité, les cours en heures de propagande pour la transformation anthropologique. Les propos de Najat Valaud-Belkacem laissent toujours paraître cette ambition: changer l’homme, changer la femme, faire émerger un homme nouveau et une femme nouvelle.

Vers quoi cette volonté politique se dirige-t-elle?

L’école contemporaine est régie par la volonté de substituer la société à la nation et au peuple. La société à la place de la nation, que l’on hait! La société à la place du peuple, que l’on méprise! Cette école veut engendrer une société d’équivalents – non d’égaux – qui n’a besoin ni d’héritage, ni d’Histoire, ni de racines, dont la culture n’est plus que la culture de masse, l’inculture génératrice d’hébétude. C’est à la constitution de ce type de société que travaille la réforme du collège. Le démantèlement des matières au profit des enseignements décloisonnés et l’abandon des enseignements systématiques visent à former des humains intellectuellement déstructurés.

Toutes ces réformes combattent le rôle initial de l’école: conserver la civilisation. Précisons: la civilisation française, le type français d’homme et de femme, la manière française d’habiter le monde, d’être un humain, l’amour de la belle langue, l’attention portée aux mots, au bien parler. Elles s’appliquent à liquider le peu qui demeure de civilisation française dans l’enseignement. La volonté de transformer la société s’accompagne de la volonté d’effacer la civilisation française. Afin d’arracher les enfants de France à la terre de France, à son Histoire, car la terre et l’Histoire sont en France la même chose, l’Education nationale dépayse les décors des livres d’apprentissage de la lecture. Dans la région toulousaine, des enfants apprennent à lire dans un ouvrage, Zékéyé et le serpent python, dont le personnage principal, un garçonnet fictif, Zékéyé, vit au Cameroun. Il est fortement conseillé par tous les inspecteurs, ces sous-officiers zélés chargés de contrôler l’adhésion des maîtres à l’idéologie officielle. Ce dépaysement arrache les enfants à leur pays afin de les empêcher d’entrer en fusion avec son histoire et sa culture, afin de prévenir le risque d’enracinement dans cette histoire et cette culture.

Comment expliquer cet acharnement destructeur? Par le sanglot du maître blanc, version scolaire du sanglot de l’homme blanc exhibé par Pascal Bruckner. La repentance, qui pousse à fausser les programmes scolaires, masque mal la haine. La haine d’une partie de la jeunesse pour la civilisation française est partagée par une fraction de l’élite politique, administrative, le monde du spectacle et, hélas, une partie des enseignants. Avec ses programmes actuels, basés sur la honte française d’être soi, l’école entretient cette haine. En enseignant la culpabilité de l’Occident, en sacrifiant les grandes figures de l’histoire de France, l’école empêche la fusion entre la jeunesse et la France, faisant involontairement le lit du terrorisme.

«La langue française a été peu à peu remplacée par son ersatz, un faux français, une langue de supermarché ou d’aéroport»

Robert Redeker

Quel diagnostic culturel portez-vous sur les dernières décennies?

La vulgarité d’esprit, qui se fait sentir partout, jusqu’aux sommets de l’Etat quand Mme le ministre de l’Education parle de «bruits de chiottes» jusqu’à la télévision publique, quand une amuseuse ignare d’«On n’est pas couché» soutient faussement à l’antenne que Descartes s’est réfugié en Hollande pour fuir les persécutions religieuses catholiques sans que personne ne bronche. Cette épidémie de vulgarité, corollaire du double raz-de-marée, celui de l’ignorance, celui de l’insignifiance, renvoie à la crise de l’école.

Les Français ne parlent plus français. Il suffit de les écouter dans la rue. Il suffit d’écouter la radio, de tendre l’oreille aux propos des politiciens. Hollande s’exprime dans un français rachitique, au vocabulaire sommaire et à la grammaire simpliste, multipliant les fautes et les grossièretés (ainsi sa manie du redoublement du sujet). La langue française a été peu à peu remplacée par son ersatz, un faux français, une langue de supermarché ou d’aéroport. L’école est responsable de ce désastre. Il y a un lien entre la langue et la pensée. Quand on parle et écrit mal, pauvre, déstructuré, on pense et écrit mal, pauvre, déstructuré. La pauvreté de la langue entraîne la pauvreté de la pensée. L’affaiblissement de l’enseignement du français entraîne l’abêtissement des Français. Cet abêtissement est voulu par l’école. Nous risquons, à cause de la trahison de l’école, de devenir un peuple de chasseurs de Pokémons!

Le phénomène le plus significatif, symptôme de toutes les crises, index de toutes les décompositions, horoscope d’une plongée dans la barbarie, est la disparition de la langue française. La langue perdue! La langue, que l’école refuse d’enseigner sérieusement. Songez à la récente habitude d’employer «juste» pour «seulement» ou «simplement» ; monument d’inculture collective autant que témoignage de l’échec de l’école, cette faute répercutée par tous les médias revient à employer en français le mot «juste» dans son sens anglais («just») et non dans son sens français. Ceux qui veulent rendre un peuple barbare savent qu’il faut au préalable le rendre syntaxiquement et lexicalement pauvre. Cet appauvrissement est la triste réussite de l’école de la République!

Que vous inspire l’enseignement de l’arabe dès le CP?

Son effet le plus assuré sera de maintenir en France un peuple parallèle, hors de l’histoire de ce pays, hors de sa culture, en rébellion contre cette histoire et cette culture. Cet enseignement ne va pas éradiquer la haine de la France et de sa culture que l’on constate dans une partie de la population mais au contraire (tout comme l’enseignement de l’Histoire des empires africains) va l’entretenir et l’attiser. Pour assimiler, il faut déraciner sans état d’âme. L’enseignement de l’arabe va en sens inverse. Il serait beaucoup plus intelligent d’enseigner dès le CP le latin et le grec, ainsi que ces parties du génie national que sont les langues régionales.

Qui détient le pouvoir actuellement au sein de l’enseignement?

Plutôt que des personnes, la vérité est: l’idéologie. L‘idéologie poststructuraliste, celle de la French Theory et des cultural studies américaines, qu’on appelle parfois gauchisme chic. C’est un magma indigeste de clichés sur les minorités, de compassion victimaire, de haine de la haute culture et de repentance. Dans cette optique, le but de l’école n’est plus la transmission du savoir, d’un héritage national, mais la correction des inégalités ethniques et la promotion des minorités. Soit: construire le vivre-ensemble… Pour la première fois, un ministre et cette idéologie sont entrés en épousailles parfaites. Tout se passe comme si Najat Vallaud-Belkacem avec été sécrétée par cette idéologie, comme si elle en était l’incarnation humaine.

«Le but assigné aujourd’hui à l’école est l’apprentissage du vivre-ensemble. Celui-ci est une machine de guerre contre la fraternité, il est antirépublicain.»

Robert Redeker

La droite n’a-t-elle pas été partie prenante dans cette entreprise de démolition?

Encéphalogramme plat: la droite n’a aucune pensée sur l’école. Elle ne s’intéresse qu’aux coûts, laissant, même quand elle est au pouvoir, à la gauche la direction idéologique du système. Les uns et les autres désintellectualisent le métier de professeur pour le changer en assistante sociale, aide-psychologue, animateur socio-culturel. Droite et gauche ne veulent plus que les professeurs enseignent. Que les professeurs professent. On aimerait – l’effondrement du niveau du lycée y travaille autant que les officines ministérielles de formatage, les IUFM devenus ESPE, s’en occupent – qu’ils fussent aussi incultes que leurs élèves. Les uns et les autres organisent, par les nouvelles missions qu’ils confient aux enseignants, le remplacement des hussards noirs de la République par les urgentistes du libéralisme.

Quelles sont vos solutions – et quelle est votre vision de l’avenir?

Le but assigné aujourd’hui à l’école est l’apprentissage du vivre-ensemble. Celui-ci est une machine de guerre contre la fraternité, il est antirépublicain. Il conduit – comme l’attestent les propos sur l’Histoire tenus par Najat Vallaud-Belkacem cités dans le livre – à un enseignement clientéliste et communautariste conforme au semblant de politique mené par le Parti socialiste, la politique des minorités ethnico-sexuelles. La fraternité fusionne, le vivre-ensemble disjoint. On promeut le vivre-ensemble dans la mesure où l’on refuse la France. Puisque c’est le vivre-ensemble qu’il faut organiser, on n’enseignera plus rien. L’ignorance et le vide scolaires s’articulent parfaitement à la centralité destructrice du vivre-ensemble. Le vivre-ensemble ne détruit pas que la fraternité, préparant une société antifraternelle, il détruit également l’enseignement dans sa globalité, le savoir et la culture.

La mission de l’école: donner à chaque enfant l’héritage auquel il a droit, celui de la culture, celui de l’Histoire. De l’école doivent sortir des héritiers. Or, pour des raisons idéologiques, l’école de la République contemporaine fabrique volontairement des inhéritiers.

Que faire? Rétablir la culture générale, qui est insupportable au système car elle rend peu malléable. L’esprit est un os, a dit Hegel – quelque chose contre quoi tout bute. Quelque chose, comme le montre le cas Soljenitsyne, qu’on ne peut réduire en cendres. La culture générale est l’esprit en ce sens-là, un os. Cet horizon implique de rétablir le latin et le grec, l’Histoire, un enseignement systématique du français, de remettre au goût du jour l’analyse logique et grammaticale, de rendre toute sa place à l’apprentissage par cœur de la poésie. Soit: développer, via l’Histoire et la littérature, un enseignement qui fasse aimer la civilisation française.

«L’Ecole fantôme», de Robert Redeker. Editions Desclée de Brouwer, 208 p., 17,90 €. En librairie le 1er septembre.

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