L'imposture et l'affairisme de l'art contemporain

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Relativisme

A quoi sert l’art contemporain?

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Par Christhian Authier

 

Gigantesque source de profits pour certains, l’art contemporain sert surtout à proposer tout et n’importe quoi sous couvert de modernité et d’avant-garde.

Sur «l’art contemporain», Jean Clair a dit l’essentiel. Commissaire d’expositions à succès comme Mélancolie ou Crime et châtiment, il fut conservateur du Musée national d’art moderne durant dix ans et du cabinet d’art graphique au Centre Pompidou, dirigea le musée Picasso de Paris ou encore la Biennale d’art contemporain de Venise en 1995. Surtout, à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, il accompagna une nouvelle génération d’artistes français (Boltanski, Buren…), notamment à travers la revue Chroniques de l’art vivant qu’il dirigea de 1969 à 1975. Dans le sillage de mai 68, les «avant-gardes» ont le vent en poupe. C’est le temps des premières «installations», des premiers «concepts» et «happenings». Nullement allergique à la modernité, Clair voyage, rencontre des artistes, arpente collections et expositions, mais perçoit les limites et les impasses d’un art sans mémoire ni signification devenu une marchandise comme une autre.

 

“Balloon Dog“ de Jeff Koons au Palais Grassi en 2006, siège de la Fondation Pinault

“Balloon Dog“ de Jeff Koons au Palais Grassi en 2006, siège de la Fondation Pinault

«Je finissais par devenir sceptique puis bientôt carrément hostile à cette avant-garde vite institutionnalisée, imposée par les États-Unis, vendue et promue, jusqu’à n’être plus qu’une marque de fabrique, une griffe – avant de devenir, sous le nom d’“art contemporain“, un art qui est à l’oligarchie internationale et sans goût d’aujourd’hui, de New York à Moscou et de Venise à Pékin, ce qu’avait été l’art “pompier“ aux yeux des amateurs fortunés de la fin du XIXe siècle», écrit-il dans Le Temps des avant-gardes.

Art officiel

De fait, les «stars» de la profession – Jeff Koons, Takashi Murakami, Damien Hirst… – sont promues par les médias et des hommes d’affaires (François Pinault, Bernard Arnault…) qui les transforment en gigantesques machines à cash : 140 millions d’euros en septembre 2008 à Sotheby’s pour une vente aux enchères de 223 œuvres de Damien Hirst, toutes réalisées en 2008, tandis qu’en 2007, une autre de ses œuvres avait été vendue 74 millions d’euros… Pour Jean Clair, le marché de l’art est bien gardé : «Une étrange oligarchie financière mondialisée, comportant deux ou trois grandes galeries parisiennes et new-yorkaises, deux ou trois maisons de vente, et deux ou trois institutions publiques responsables d’un patrimoine d’un État, décide ainsi de la circulation et de la titrisation d’œuvres d’art qui restent limitées à la production, quasi industrielle, de quatre ou cinq artistes

“Le Veau d’Or“ de Damien Hirst.

“Le Veau d’Or“ de Damien Hirst.

Placer des animaux morts dans des aquariums remplis de formol (Hirst encore), répandre ou exposer des secrétions corporelles (liste trop importante), empiler des oranges en attendant qu’elles pourrissent, récupérer des vieux aspirateurs, gribouiller quelques taches sur une toile : nos «artistes» s’autorisent toutes les audaces. Ils sont là pour briser les «tabous», bousculer les «conformismes», sauf les leurs : culte de l’éphémère, narcissisme, kitsch, dérision, cynisme…

Attention : cette petite caste supporte très mal la critique. Emettre des doutes ou des réserves sur l’art contemporain suffit à être classé dans le camp des «réactionnaires» (Clair n’y a pas échappé) et des ennemis du genre humain. C’est commode. Cet art officiel – subventionné par l’Etat ou bien dopé par la spéculation financière – ressemble logiquement à son époque, nage dans le simulacre et l’autocélébration.

«L’artiste contemporain refuse toute autorité et toute idée d’une transmission. Il est comme l’enfant qui affirme sa toute puissance et à qui tout est permis, tout est accordé, tout est pardonné. Il peut donc exposer ses excréments en déclarant c’est de l’art !», déclarait Jean Clair en 2011.

Dans son magnifique film, La Grande Bellezza, Paolo Sorrentino met en scène un vieux dandy, écrivain devenu journaliste, amoureux de la beauté qu’il contemple notamment depuis son appartement avec vue sur le Colisée. A une «artiste» lui demandant s’il a aimé sa «performance» (se jeter nue, tête la première et en hurlant, contre un mur), il répond : «Par moments.»

Le rire, c’est ce qui nous sauve devant le spectacle si souvent consternant et imbu de lui-même que nous offrent les «artistes contemporains».

Article paru dans l’édition du 4 oct. 2013 | Par Christian Authier


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