Face à la violence, que faire?

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La violence liée au mouvement social des gilets jaunes n’est pas prête de s’arrêter. Les voeux du président ont pris la forme d’une déclaration de guerre et son équipe n’a de cesse de répéter que les “réformes” ne cesseront pas, et d’annoncer le programme: maintien de la CSG sur les retraites, suppression progressive des pensions de réversion, maintien des programmes délirants de déploiement des éoliennes au nom de la pseudo “transition écologique“, augmentation du tarif de l’électricité, renforcement de l’immigration… la liste est longue.

L’attitude du gouvernement face à la violence est ambiguë, c’est un euphémisme. Il a laissé faire les incendies de voitures la nuit du 1° de l’An par les racailles pour mieux déployer ses forces contre les manifestants. On s’étonnera aussi que, dès lors que l’identification des “casseurs” – en fait le lumpen prolétariat, voire la lumpen bourgeoisie dans le cas des blacks blocs et des “antifas”- classiquement manipulés par des policiers, une tactique aussi vieille que la police et qui remonte au tsarisme – facile à faire et que l’on sait arrêter lors des matchs de football en les bloquant en amont dans les gares et à des barrages, ne conduise pas à séparer le bon grain de l’ivraie. La stratégie gouvernementale est au contraire de multiplier les violences pour assimiler le bon grain à l’ivraie. Cette violence est démultipliée par les ordres incohérents donnés aux forces de police qui les exposent à des foules que des consignes ultra-répressives ont contribué à déchaîner. Ce genre de stratégie ne peut pas ne pas marcher: la Loi de Gauss montrera toujours que dans un groupe il y a 15% d’abrutis prêts à entrer dans un cycle provocation répression, que ce soit parmi les manifestants ou parmi les policiers. Dès lors, le cycle de la violence est inarrêtable.

Violence, réformes et qualité de l’Etat

Si la violence est regrettable, elle n’est pas forcément négative: aucune lutte sociale, aucun progrès dans la société de s’est accompli sans violence ou à tout le moins sans confrontation musclée, si l’on s’en tient à la France, mais c’est une violence à durée limitée qui se conclut par un accord et des concessions qui ont donné naissance aux lois sociales de la III° République. La lutte des classes et le conflit sont un facteur majeur de progrès comme l’a montré Machiavel dans Discours sur la première décade de Tite-Live: Le conflit est au coeur de l’existence de la Cité car les intérêts des grands et du peuple sont divergents. Les grands veulent oppresser le peuple, et le peuple ne veut pas être oppressé, mais en l’absence du sens du Bien commun, chacun veut éliminer l’autre. La solution réside dans la Cité et ses lois, qui doit inspirer cette vertu pour que le conflit soit créateur. La Cité libre est dès lors un espace de régulation des conflits qui est un moteur de progrès. Précédent Marx, François Guizot écrivait en 1828 dans son Histoire de la Civilisation européenne que la lutte de classe était à l’origine de la naissance des institutions, les règles qui permettent à la société de vivre ses conflits  de manière créative, chaque classe étant tour à tour amenée à céder à l’autre, et en faisant remarquer que là ou une classe avait exterminé l’autre (comme le pouvoir impérial en Chine) le pays était entré en déclin. Marx reprendra cette idée à Guizot en lui donnant une tournure radicale: les classes laborieuses doivent éliminer les classes possédantes. La faillite du communisme qui n’a fait que générer une nouvelle classe possédante plus tyrannique que la précédente atteste de l’échec de cette vision.

La clé, Machiavel l’avait compris, est dans la qualité de l’Etat républicain et de ses lois, et dans celle de son chef qui « rend à ses lois leur première virtù, et qui l’empêche de courir à la décadence ». Le chef vertueux donne de bonnes institutions et est à la fois vertueux (virtuoso) et fort car légitime, ce que Machiavel synthétisait dans le concept de virtù, à la fois force (vir) et vertu.

Le moins qu’on puisse dire est que nous sommes loin d’avoir l’ombre d’un chef vertueux entre un président qui n’est, comme l’a bien analysé François Asselineau, qu’un employé de banque qui se comporte comme un enfant capricieux, un ministre de l’intérieur formé dans des parties de poker avec la bande de Gaétan Zampa, qui s’exprime péniblement dans un basic French de 1500 mots tirés des “éléments de langage” fournis par ses communicants, et une tête à claques de ministre d’on ne sait trop quoi, incapable de faire garder la porte de son ministère, dont le parcours ne vaut guère mieux. Ce gouvernement veut la violence et la provoque, en affirmant qu’il ne renonce à rien, ni sur les “réformes”, ni sur les principes en refusant que le “débat national” qu’il entend instituer porte sur autre chose que les sujets secondaires qu’il autorisera.

Les précédents de la Commune et de la Poll tax

Quelles stratégies s’offrent à lui? Une sortie de crise s’opère soit par un accord, soit par une répression qui anéantit – pour un temps – l’adversaire.

Le premier exemple qui vient à l’esprit est celui de la Commune de Paris. Des “gens de bien” animés par une haine absolue du peuple de Paris attisée par tous les grands écrivains de l’époque – à quelques notables rares exceptions – des BHL en pire puisqu’ils avaient du talent, n’envisagent d’autre solution que le massacre. Des Communards dirigés par des médiocres, aux dires de Marx, malgré quelques éléments héroïques, se livrent à des dégradations et des exécutions qui détournent d’elles ses rares soutiens. Thiers ira chercher dans la France profonde, en Vendée notamment, des troupes chauffées à blanc contre les “rouges”, qui se livreront aux massacres de la semaine sanglante. Ce scénario fait sans doute rêver les gnomes au pouvoir et les lecteurs du Monde, mais Castaner n’est pas Thiers et sa rouerie politique. Mais surtout, en 1871 Paris était encerclé par une province monarchiste tandis qu’aujourd’hui c’est l’inverse, on voit mal Paris et les métropoles mondialisées partir à l’assaut de la France périphérique!

Le second exemple que le gouvernement devrait avoir en tête est celui de la Poll Tax, réforme fiscale du 3° gouvernement de Margaret Thatcher. Taxe pesant uniformément sur tous les contribuables sans tenir compte de leur revenu et fixée par les collectivités locales dont on réduisait simultanément le financement, dont le poids va s’accroître et qui va mécaniquement peser sur les revenus les plus faibles. Il s’ensuit des émeutes bien plus violentes que celles des gilets jaunes et le gouvernement ne voudra rien lâcher… mais sera lâché par son propre parti: le parti conservateur remplacera Margaret Thatcher, dont ce fut la fin, par l’insignifiant John Major qui abolira la poll tax.

C’est sans doute le scénario probable de sortie de crise des gilets jaunes: on peut le regreter, mais le temps des grands massacres de pauvres est désormais réservé à quelque pays lointain auquel on ira enseigner le charme de la démocratie occidentale. L’affaire Benalla a révélé que les oligarques en avaient assez du comportement compulsif de leur marionnette, Le départ d’Alain Juppé – alias Nestor – de son parti annonce sa disponibilité. D’une manière ou d’une autre, le jeune roi ne finira pas son mandat au profit d’un insignifiant Nestor qui calmera le jeu en lâchant du lest.

Quels sont alors les vrais enjeux?

Pour l’oligarchie, bien plus que les réformes fiscales qui peuvent toujours attendre, c’est le renforcement de l’immigration destinée à remplacer ce peuple old school indocile, avec ses vieilles idées stupides de solidarité et de justice sociale, ces inutiles selon l’expression de Pierre-Noel Giraud. Elle peut compter sur le soutien indéfectible de la gauche sur ce projet.

Pour les gilets jaunes, ils doivent prendre conscience que leur inorganisation pour féconde qu’elle soit quant au débat qu’ils impulsent, n’est pas durable et les expose à toutes les manipulations et provocations. Un accord devra être trouvé qui comportera des avancées matérielles mais qui devra surtout contribuer à faire entrer le loup du pouvoir populaire dans la bergerie de nos oligarques si bien élevés. Ce loup c’est le référendum d’initiative citoyenne (RIC). Il sera concédé sous la forme la plus atrophiée possible, mais une fois que le mouvement sera lancé, il sera difficile de l’arrêter. Etienne Chouard, au boulot!

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