Le contraire d’une erreur n’est pas une vérité : Face au naufrage de la gauche faut-il être de droite ?

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Que la gauche soit moribonde c’est entendu. Pas seulement sur le plan des performances électorales, mais surtout sur le plan politique et moral. La gauche a voulu nous enivrer de promesses de lendemains qui chantent, nous avons eu l’entreprise coloniale au nom du droit des races supérieures à civiliser les races inférieures (Jules Ferry), les guerres coloniales qu’elle a déclenchées et perdues, et, en guise de « changer la vie », la destruction de notre Etat social depuis sa conversion au libéralisme, et pour finir son naufrage dans le nihilisme le plus cru où l’on apprend aux enfant de six ans qu’ils peuvent changer de sexe, un rejet violent et hystérique de l’héritage de la culture et de la civilisation chrétienne.

Alors, faut-il pour autant devenir « de droite » comme nous le propose Eric Zemmour ?

Qu’est-ce qu’être de droite ? Nous savons qu’elle ne représente pas une ligne homogène. Au-delà des trois droites identifiées par René Rémond, il y a aujourd’hui la « droite d’argent » acquise au laisser-faire et au mondialisme, l’archétype de la droite réactionnaire qui veut achever l’Etat social et ne jure que par le marché. Il n’y a rien à attendre de son patriotisme, Eric Zemmour en sait quelque chose. Il y a bien une véritable extrême-droite, à vrai dire marginale mais pas sans influence sur des jeunes en mal d’idées nouvelles et explicitement anti-républicaine. Et il y a une droite orléaniste, qui est aujourd’hui la droite molle qui n’en finit plus de vouloir imiter le modernisme de la gauche.

Certes, il existe une droite, minoritaire, qui s’oppose à cette dérive nihiliste. Mais elle est inconséquente : comme l’a bien relevé Jean-Claude Michéa, elle lutte contre les dérives « sociétales » tout en défendant le libéralisme économique qui les génère et en vit. Lire Marx ne lui ferait pas de mal, qui expliquait que pour développer son marché le capitalisme avait besoin de révolutionner continuellement l’ensemble des rapports sociaux. C’est la « gauche » qui a définitivement rompu avec le peuple qui fait le travail.La véritable droite réactionnaire, qui détruit nos structures sociales, nous soumet à la loi du marché, liquide nos services publics, c’est la « gauche ». Elle nous propose de « lutter contre l’extrême-droite » dont il faut rappeler la définition : l’extrême-droite c’est la remise en cause violente des conquêtes sociales, de la liberté d‘expression et les bandes armées dans les rues pour tabasser les opposants. Aujourd’hui c’est la pseudo-gauche avec ses velléités de lois liberticides et ses bandes qui agressent toute opposition à son idéologie.

Quel est l’enjeu ? Il est aujourd’hui nécessaire d’être conservateur au vrai sens du terme, un conservatisme qui soit attaché à conserver ce qui est bon. Un conservateur conséquent n’est pas celui qui rêve d’un passé idéal contre un présent à rejeter. Il est celui qui se demande si tout progrès proposé sera mieux ou moins bien que ce qui existe au regard d’une conception du Bien commun. Le mouvement de la manif pour tous contre la dénaturation du mariage, n’avait pas à voir avec le sort des homosexuels mais avec la famille comme cellule de base de la société et le peuple s’est levé pour défendre cette identité sans faire référence à la droite ou à la gauche : C’était une posture spontané de gens sensés, attachés aux solidarités sociales  séculaires.

De quoi avons-nous besoin aujourd’hui (comme hier) ?

Le Général de Gaulle disait « ce n’est pas la droite, ce n’est pas la gauche, la France ». Il s’inspirait de Charles Péguy pour qui « la droite c’est le fils, la gauche c’est le frère ». Il faut les deux. Une nation se construit et se maintient par les liens verticaux de la filiation et les liens horizontaux de la fraternité.

Le programme et l’action du gaullisme fut tant social qu’économique. Il créa – à la fureur des communistes – la sécurité sociale, développa la participation dans l’entreprise tandis qu’il donnait à la France les moyens d’être une économie capitaliste capable de faire la course en tête mais sans jamais sacrifier l’intérêt national aux intérêts financiers. Il a pu faire comprendre la complémentarité des approches économiques et sociales car il avait pour la France une vision du Bien commun qu’il a su faire partager aux Français.

Les classes populaires, qui ont longtemps été le socle de la gauche avant qu’elle ne les trahisse, avaient la « décence commune », pour reprendre Orwell, des « gens ordinaires » : sens de la famille et de ses solidarités, de la patrie – le seul bien de pauvres disait Jaurès – éducation des enfants pour qu’ils vivent mieux qu’eux, et solidarité sociale. Rien à voir avec la crasse dont un Philippe Poutou prétend faire un étendard. C’est ce peuple qui a su s’unir entre « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas » dans les grands moments pour sauver la patrie.

Ce peuple se contrefiche de « l’union des droites » qui ne le concerne pas. M. Zemmour l’a ignoré dans sa campagne et en a payé le prix. Sauf à Neuilly et à Versailles où il fait ses meilleurs scores ! Certes, le résultat des élections italiennes pourrait prêter à penser que ce pourrait être une stratégie alors qu’elle n’est qu’une alliance tactique qui durera ce qu’elle durera. Le peuple italien s’est mobilisé, d’ailleurs assez faiblement, pour la défense de son identité et de sa souveraineté, pour l’avenir d’une certaine idée de l’Italie, malgré l’ambiguïté des positions de Madame Meloni.

Nous avons besoin d’un leader qui, à nouveau, incarne, cette certaine idée. M. Zemmour a prétendu l’incarner avant de naufrager dans le marigot électoraliste de « l’union des droites ». Sa culture l’a malheureusement fait passer à côté de ce qu’écrivait Nietzsche en 1886 « Le temps de la petite politique est terminé : le siècle prochain déjà apportera la lutte pour la domination de la terre – l’obligation d’une grande politique »[1]

 

Claude Rochet

[1] Nietzsche, « Par-delà le bien et le mal”

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