Le changement de gouvernement en Russie

Print Friendly, PDF & Email

Le Président Vladimir Poutine faisait, hier mercredi 15 janvier 2020, son allocution annuelle devant le Parlement de la Russie. Cette allocution contient des indications claires sur l’évolution de la politique économique et sociale du pays. Mas, cette allocution a été suivie par l’annonce de la démission du Premier-ministre, M. Dmitri Medvedev. A la suite de cette démission, Vladimir Poutine a nommé Mikhail Vladimirovitch Mishustin au poste de Premier-ministre russe. M. Mishustin, qui est âgé de 54 ans est depuis 2010, à la tête du service fiscal russe.

Dans cette position, il a déclaré la guerre aux «fausses données» et a commencé à éliminer les problèmes de fraudes sur les remboursements de TVA. M. Mishustin a aussi soutenu la simplification du travail de l’administration fiscale avec les entreprises et les citoyens. M. Mishustin a ainsi développé autant que possible les services électroniques du service fédéral des impôts, commençant un travail de fond de modernisation de l’administration fiscale mais aussi de lutte contre la corruption.
Sous son mandat, l’administration fiscale a été parfois critiquée pour son approche trop stricte des affaires. M. Mishustin a rejeté cette accusation, invoquant une réduction significative du nombre d’inspections. Ainsi, avec l’arrivée de Mishustin en 2010, le fisc fédéral a modifié son approche de l’organisation des événements de contrôle, en se concentrant plus sur le travail analytique. Le nombre de contrôles a ainsi effectivement diminué, en particulier sur les petites et moyennes entreprises. Mais, le nombre de redressements fiscaux a pour sa part légèrement augmenté, montrant une amélioration dans l’efficacité du travail de l’administration fiscale.
Le bilan de M. Mishustin dans l’administration fiscale apparaît comme bon, dans un domaine qui est à la fois sensible et parfois très politisé. Cela démontre de bonnes capacités administratives, mais aussi un capacité à gérer les différentes pressions politiques qui peuvent s’exercer.

La nomination de M. Mishustin, qui ne semble pas être un membre du Parti « Russie unie », montre la volonté de constituer un gouvernement « technique ». Il a été ainsi décrit par plusieurs anciens membres de l’administration présidentielle comme un « parfait bureaucrate » dans le bon sens du terme. La nomination de l’ancien Premier-ministre, M. Dmitry Medvedev comme adjoint au Président du Conseil de Sécurité Nationale pourrait confirmer une séparation des attributions entre le gouvernement et le CSN. Ce dernier prenant en charge la politique extérieure et la stratégie du pays, tandis que le gouvernement se concentrerait sur des points plus techniques. Il faut noter que lors du vote d’investiture, la principale force d’opposition au Parlement, le Parti Communiste, a décidé de s’abstenir après avoir rencontré le nouveau Premier-ministre. Le KPRF a déclaré que le nouveau Premier-ministre avait confirmé la volonté du Président de renforcer les pouvoirs de la Douma. Ce parti s’est aussi déclaré satisfait du départ de D. Medvedev, qu’il demandait depuis plus d’un an.
Ces changements dans le gouvernement surviennent après que M. Vladimir Poutine ait fait plusieurs déclarations importantes dans son allocution devant la Douma.

Vladimir Poutine a ainsi déclaré sa volonté d’accélérer la croissance du PIB pour les trois prochaines années. En effet, si l’on s’en tient aux prévisions réalisées par l’Institut de Prévisions Economiques (IPEN-ASR), la croissance devrait rester relativement faible en 2020 et 2021 (1,8% et 2%). Vladimir Poutine a déclaré qu’il souhaitait que le taux de croissance soit supérieur à celui de la moyenne mondiale, qui est estimé à 2,6% par le FMI et la Banque Mondiale. Si l’on accepte l’idée d’un taux de 3% l’an, cela impliquerait un effort soutenu par l’Etat pour la croissance.

Le volet économique de l’allocution du président Poutine du 15 janvier était aussi axé sur les mesures sociales. Ces dernières incluent le soutien à la jeune génération et la stimulation du nombre des naissances. Le taux de fécondité est actuellement de 1,5 naissance par femme, et le Président souhaiterait qu’il atteigne 1,7%. Or, 70 à 80% des ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté sont composés de familles avec enfants. Le président a annoncé ainsi :
(1) l’augmentation les subventions financières pour les enfants de moins de 3 ans,
(2) l’introduction de subventions supplémentaires pour les enfants âgés de 3 à 7 ans
(3) l’extension et l’indexation du programme de capital de maternité jusqu’en 2026. Ce dernier fournit aux familles avec enfants des ressources financières à utiliser pour l’achat de biens immobiliers – ce programme offrira désormais jusqu’à 1,0 million de roubles (soit 16 000 $) aux familles avec 3 enfants. Le programme de capital maternité a été lancé en 2007 lorsque le taux de fécondité moyen était de 1,4; le président vise donc désormais 1,7 naissance par femme d’ici 2024, ce qui semble réalisable.

Le programme de stimulation économique décidé par le Ministère des finances déçoit un peu. L’attente initiale était d’environ 1 trillion de roubles soit 15,6 milliards de dollars consacrés essentiellement à la relance de la demande et à la protection sociale. Il ne sera, pour l’instant, que de 450-500 milliards, soit la moitié de ce qui était attendu et seulement 0,3% du PIB attendu en 2020. Les mesures qui sont prévues devraient provenir d’exonérations de l’impôt sur le revenu pour les revenus inférieurs au seuil de pauvreté.
Ces mesures pourraient néanmoins accroître le PIB de 0,4%. Cela permettrait cependant de passer à une croissance de 2,2% en 2020. Mais, la Russie resterait encore sous la moyenne de l’économie mondiale. Un second plan d’un montant sans doute équivalent à celui annoncé devrait donc être annoncé d’ici juillet, si le nouveau gouvernement veut atteindre les objectifs établis par la Président.