Ukraine : interview exclusive d’un mercenaire français désabusé

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Il se dit écœuré. Il pensait se battre pour la liberté. Alors qu’il servait les intérêts d’oligarques corrompus. Et qui plus est radins.

Ses soldes sont versées avec des mois de retard. Les avantages en nature sont restés à l’état de promesses. La cordialité du début a cédé la place au mépris.

Bien sûr, il faut faire la part d’aigreur et d’affabulation et ne pas croire sur parole un soldat d’infortune. Mais lorsqu’il fournit des informations circonstanciées, avant que les médias s’en emparent, force est de se dire que le gus y était et n’a sûrement pas tout inventé.

Bonjour lieutenant Marko. Première question : Confirmes-tu les pertes françaises annoncées par les Russes ? 50 hommes au moins.

Affirmatif. Et au moins une dizaine de femmes. Certaines avec un parcours atypique. Je pense à une Franco-Kurde venue en Ukraine par goût de la bagarre et parce qu’elle espérait trouver des Turcs à éliminer… Mais soyons réalistes, 60 tués sur 400, ça fait 15 %, un taux de pertes acceptable.

Les forces polonaises et celles de la Légion Géorgienne, présentes partout, accusent des pertes doubles, de l’ordre de 30 %. Le même que celui des armées régulières d’Ukraine. Plus important au début. Stabilisé aujourd’hui.

Comment t’es-tu retrouvé à servir dans des forces étrangères ?

J’étais très motivé parce que ma mère d’origine polonaise m’a fait partager sa détestation des « soviétiques » (sic) En plus, on offrait des primes très intéressantes à ceux qui s’engageaient, surtout s’ils parlaient plusieurs langues.

Tu avais un passé militaire ?

Sans donner des détails, je m’étais engagé en France dans une unité d’interventions actives, par goût de l’action et de l’aventure. Après un certain temps, on m’a expédié en Afrique. Là-bas, j’ai eu la chance de sauver la vie d’un préfet lors d’une embuscade islamiste.

Cet homme était le petit neveu du président du pays où nous étions en garnison. Celui-ci, après m’avoir fait subir un « entretien d’embauche » a demandé à ce que je sois détaché dans sa garde personnelle. De caporal, je me suis retrouvé lieutenant. Si j’étais resté là-bas, je serais probablement général aujourd’hui (sourire narquois).

Mais tu es parti ? Pour aller où ?

Après le coup d’État qui a éliminé « mon » président africain, la France m’a proposé de m’intégrer dans la réserve, en conservant mon nouveau grade, à condition que je reste disponible pour des missions un peu spéciales. Entre autres, infiltrer les groupes nationalistes et surveiller les Gilets Jaunes dont Macron avait une peur bleue au début de son premier mandat…

Plus tard, quand j’ai demandé à aller me battre en Ukraine, on m’y a vivement encouragé. Avec la garantie écrite qu’en cas d’accident, ma compagne et nos deux gamins seraient correctement pensionnés.

Peux-tu en dire un peu plus sur tes actions en Ukraine, sans trahir des secrets militaires ?

Au début, c’était la pagaille complète. Aucune coordination, aucun plan de bataille, et la plupart des responsables pensaient plus à fuir le plus loin possible qu’à se battre. Tous les médias étrangers ont pu le déplorer.

Je me suis retrouvé instructeur d’une armée de soldats de bois qui ne savaient pas par quel bout prendre un fusil. J’ai réalisé que ces paysans et ouvriers, mobilisés de force, n’avaient qu’une seule envie : se planquer en attendant que la guerre finisse.

Les chefs ont donc décidé d’utiliser leurs compétences comme cuisiniers, mécanos, chauffeurs routiers ou cantonniers. Et ils nous ont envoyés « nous » battre à leur place. Sous uniforme ukrainien bien sûr.

Qui « nous » ?

Une vraie tour de Babel où tout le monde s’est mis à l’anglais. Je me souviens de beaucoup d’Anglais et d’Allemands, quelques Américains et Canadiens, des Scandinaves, et un assortiment de Français, Belges, Hollandais, Espagnols, Maghrébins, Brésiliens, et même un Libanais, un Bolivien et un Panaméen.

Nous étions plusieurs milliers… Sans oublier des Albanais, des Bosniaques et des Kosovars. Mais ceux-là, leurs intentions sont troubles et ils essaient de profiter de la guerre pour faire toutes sortes de trafics. On ne les considère pas comme fiables.

Et les Ukrainiens de souche ?

Peu à peu on a instruit ceux qui voulaient en découdre avec les Russes. La première chose à leur apprendre, en même temps que le maniement des armes, c’est de savoir utiliser le terrain et ne pas s’exposer inutilement. Par la suite, tous ceux qui avaient suivi des stages accélérés sur quelques semaines, en Angleterre et en France, sont revenus bien dégrossis et ça a été plus facile pour nous de les rendre opérationnels.

Mais tu n’as pas fait que de la formation ?

Non, en ce qui me concerne, en raison de mes compétences particulières, après quelques accrochages avec les Russes, j’ai été affecté au 131e bataillon de renseignement de l’armée ukrainienne.

D’abord, je devais me faire passer pour un journaliste français et aller dans les zones occupées par les Russes pour y faire des repérages, et entrer en contact avec les personnes susceptibles de nous aider par du renseignement et des sabotages.

Ensuite, aidé de traducteurs, je devais cibler dans nos effectifs les tièdes et les indécis, ou ceux qui critiquaient Zelensky, essayer de les ramener dans le droit chemin, et en cas d’échec les éliminer.

Les éliminer ? Tu dis ça comme ça ?

Si je m’étais fait prier, mon adjoint issu des rangs d’Azov et qui, de ce fait pouvait court-circuiter toute la hiérarchie, m’aurait liquidé. Pour l’exemple. C’est assez fréquent pour renforcer la cohésion et remonter le moral des troupes (sourire désabusé). Puis la reprise de Kherson m’a occupé à plein temps jusqu’à maintenant.

Kherson vu de France a semblé une simple promenade pour vous…

Les Russes avaient laissé des milliers de mines. Il y en avait tous les dix mètres.

Un peu partout. Les routes, les chemins, les champs. Ils espéraient sans doute qu’on attaque avec des véhicules blindés… Là où ça a été le cas, il y a eu pas mal de casse. Alors on a déployé l’infanterie sur deux lignes parallèles, et ça a limité les dégâts. On faisait passer en premier les condamnés de droit commun et les prisonniers russes pour nettoyer le terrain.

En fait, une fois les zones minées passées ou contournées, il n’y a pas eu beaucoup de combats. Les Russes étaient déjà partis ou protégeaient de loin ceux des leurs sur le départ. Ça changeait de la ligne de front où il y avait eu des combats d’artillerie acharnés depuis des mois avec de grosses pertes de part et d’autre. Même si les canons Caesar livrés par la France et les Himar américains permettent de taper loin dans les lignes ennemies, les missiles russes peuvent être redoutables.

Redirais-tu publiquement ce que tu m’a dit des autres combattants français dans cette guerre ?

Ce n’est plus un secret d’État. Il y a ceux qui savent se battre comme moi, et qui sont venus pour ça. Et puis, à côté, il y a ceux qui sont là pour aider.

Les premiers ont une bonne expérience militaire. Certains avaient retrouvé la vie civile. D’autres étaient toujours dans l’armée. On les a faits officiellement démissionner pour qu’on ne puisse pas accuser la France d’envoyer ses soldats se battre. Mais leur place leur sera rendue au retour avec du galon. Je peux le dire parce que c’est un secret de Polichinelle. Des circulaires ont même été publiées sur Internet. Nos secrets sont bien protégés !

Il ne faut pas les confondre avec la Légion Internationale Ukrainienne qui n’a de légion que le nom. Même si elle revendique 20 000 hommes, tous ne sont pas des combattants. Et beaucoup repartent chez eux, la queue basse. L’Ukraine leur a juste offert des vacances pittoresques.

Les autres sont venus faire de l’humanitaire. Mais ils ne sont pas inutiles. Ils soulagent l’intendance et les hôpitaux. Ou servent dans les bureaux pour la coordination. La plupart se sont connus sur Facebook et ont répondu aux offres du gouvernement ukrainien, avec l’approbation des autorités françaises.

Ils sont bien payés ?

Je ne crois pas. Mais tu n’as qu’à leur demander.

Penses-tu rentrer bientôt en France ?

Top secret. D’autres missions m’attendent. Ici, là ou ailleurs. Mais la première chose à faire est de me tirer de ce panier de crabes.

Christian Navis

Climats sous influence (climatorealist.blogspot.com)

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