La règle de trois du coronavirus : il faut se préparer au pire

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Dans un précédent papier je soulignais que la crise du coronavirus était un test pour la résilience du système économique, social et sanitaire français. Examinons le système sanitaire. Dans un papier paru dans Causeur, Anne Laure Broch, neurochirurgien et praticien hospitalier, nous donne des informations intéressantes. Certes la létalité du virus est de 1% mais sa dangerosité réside dans sa contagiosité et sa vitesse de propagation, mais je n’avais pas pris en compte que 5 à 10% des personnes contaminées vont présenter une détresse respiratoire, un Syndrome de Détresse Respiratoire Aigu (SDRA) qui vont nécessiter une hospitalisation en service de réanimation. La durée de cette hospitalisation est de trois semaines. Il y a en France un 336 services de réanimation de 8 lits, ce  qui totalise environ 2688 lits.

La capacité C du système de santé est vite calculée par une simple règle de trois :

C= Nombre de cas / 10% x vitesse de propagation V

En effet, tous ces cas ne vont pas être contaminés en même temps, sauf si aucune mesure n’est prise. Si V=1 cela veut dire qu’à 30 000 cas le système est saturé. On annonce déjà que l’on va appliquer les mesures de la médecine de guerre : ne soigner que les malades qui ont des chances de guérir. Donc auto-euthanasie rapide des vieux, ce qui n’est pas pour déplaire à nos technocrates qui ne jurent que par la réduction du coût des retraites. En Allemagne, la chancelière annonce un taux de contamination de 60 à 70% dee la population.  Ce devrait être la même chose en France: mes anciens étudiants et collègues des services de santé des Sapeurs-pompiers avec qui nous avions modélisé la résilience des processus des services d’urgence, viennent de m’annoncer une prévision de l’ordre de 15 000 morts, à relativiser puisque c’est le chiffre des morts de la canicule de 2003.

Coronavirus : des médecins admettent que l’épidémie est plus grave que prévu

« …les patients du Covid-19 restent, en moyenne, vingt jours en réanimation sous ventilation artificielle. Une période très longue qui ne permet pas à d’autres patients d’occuper les lits. « C’est la mauvaise nouvelle dans la mauvaise nouvelle, admet Gilles Pialoux. Soyons clairs, il faut se préparer au pire. » « Nous ne sommes qu’au début de l’épidémie » a reconnu jeudi le président. Au point que certains médecins tapent désormais du poing sur la table.

Eric Caumes demande des mesures rapides pour éviter un scénario à l’italienne. « Il faut confiner », s’exclame le chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, qui s’emporte « contre l’amateurisme du gouvernement » : « On a toujours un train de retard. Arrêtons de courir après l’épidémie. » Faut-il jusqu’à aller jusqu’à mettre en quarantaine toute la France? « Probablement, appuie le médecin. De toute façon, on va y arriver. C’est certain. »

Source: Les crises

Donc, effectivement, notre président, qui, pour une fois, ne nous assène pas des propos creux à côté de la plaque, a raison dans son discours de directeur général de la santé, de prendre des mesures pour réduire la propagation. Comme le montre ce schéma (source: The Economist), la capacité d’accueil étant inélastique, la seule solution est d’étaler dans le temps la propagation du virus en réduisant les contacts entre les gens.

coronavirus

Mais la question est: pourquoi une capacité aussi faible? Sous tous les gouvernements, les crânes d’oeuf formés à l’école malthusienne de l’Union européenne et du CBA (Cost Benefit Analysis), n’ont cessé de rabacher aux hospitaliers qu’il fallait « passer d’une logique de stock à une logique de flux« , donc fermer des lits au profit d’une hospitalisation ambulatoire qui fonctionne bien si tout va bien mais dérape vite si l’hospitalisation doit se prolonger. Ce qui se passe avec les mesures de précautions de plus en plus imposées qui vous interdisent de rentrer chez vous le soir. Si vous n’êtes pas racompagné par quelqu’un qui dort chez vous, interdit de sortir! Et même avec quelqu’un, si vous avez des apnées du sommeil, interdit de rentrer de toutes façons.

Mais posons nous la question, pourquoi avons-nous si peu de lits? Rappelons nous que Madame Buzin – qui a finalement eu raison de quitter son poste – nous disait qu’il n’y avait aucun risque que le virus se propage en France.  L’Italie s’en remet désormais à la Chine pour lui fournir le matériel de réanimation! Bravo l’Union européenne avec qui « unis nous sommes plus forts ». Et les Allemands qui interdisent l’exportation de matériel médical! La « solidarité européenne » ne tient pas longtemps devant le Deutschland Uber Alles! Penchons-nous sur ce graphique publié par l’OCDE: Tandis que la Corée accroissait son nombre de lits, la France diminuait les siens. En examinant les courbes vous constaterez que tous les pays européens font de même. Bel art de l’anticipation des crises!

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