Les nouveaux guignols (pas drôles) de la mairie de Lyon

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Écriture inclusive, interdiction de la patrouille de France: la dérive gauchiste de l’«écologie» lyonnaise

 

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le nouveau maire EELV de Lyon Grégory Doucet entame son mandat par des mesures clivantes, telles que l’adoption de l’écriture inclusive et l’interdiction de la patrouille de France pour le 14 juillet, regrette l’essayiste Anne-Sophie Chazaud.

Anne-Sophie Chazaud est chercheuse au Collège doctoral de Philosophie (UCLY) et auteur de Liberté d’inexpression, des formes contemporaines de la censure, à paraître en septembre 2020 (aux éditions de l’Artilleur)..
Dans un contexte particulièrement sinistré, perturbé, entre crise sanitaire majeure (faussant fondamentalement la sincérité du scrutin), décompensation sociétale et crise de confiance voire totale défiance des citoyens à l’égard du politique, une petite poignée de grandes villes françaises a profité d’un taux d’abstention record (souvent supérieur à 60%) pour passer sous la houlette de listes d’unions de gauche, opportunément mobilisées pour exploiter cette «fenêtre» et regroupées derrière l’étendard de l’écologie politique en vogue comme souvent dans les scrutins intermédiaires.
À Lyon, le nouveau maire EELV, Grégory Doucet, dont l’équipe a fait campagne pour s’emparer de ce qui fut présenté comme un fief de la Macronie (quand bien même Gérard Collomb a fini par s’y opposer avec une certaine force), applique finalement les mêmes méthodes que ce qu’il prétendait combattre, un dégagisme ne faisant jamais qu’en remplacer un autre: un scrutin certes légal mais fondamentalement illégitime au regard du très faible taux de représentativité des votes exprimés (19% des inscrits!), et une équipe qui, loin de chercher le consensus et l’humilité que ces chiffres devraient naturellement produire, assène sitôt son arrivée des mesures clivantes, violemment symboliques, dépourvues de concertation et peu respectueuses des équilibres antérieurs non plus que d’un quelconque esprit de concorde.
Si l’on peut comprendre qu’une part grandissante des habitants des grandes métropoles, gentrifiées et culturellement boboïsées, aspire légitimement à une amélioration de la qualité de l’environnement urbain, si l’on peut volontiers soutenir des mesures visant à rendre les mobilités plus douces, la circulation plus aisée, la qualité de l’air meilleure et la vie plus agréable, on distingue mal en quoi l’une des toutes premières mesures de cette nouvelle municipalité devait urgemment se porter sur l’adoption de l’écriture inclusive, sauf à considérer que la masculinité dite toxique contenue prétendument dans la langue de Molière produise des émanations de CO2 peut-être discernables à l’œil nu par Greta Thunberg, qui sait…
Cette écriture se caractérise principalement par son charcutage de la langue française, la rendant illisible, lourde, pénible, fastidieuse, tournant, dans une ostentation un peu ridicule, le dos, au nom d’une prétendue égalité hommes-femmes, à plus de mille ans de construction linguistique. Son utilisation a du reste été judicieusement interdite dans les textes officiels et administratifs par le gouvernement d’Édouard Philippe ainsi que sanctionnée par l’Académie française. Cela suffit sans doute pour donner à ses adeptes le petit frisson de la transgression qu’ils recherchent tant, qu’ils espèrent et désirent de tout leur être, dans ce pesant et interminable conformisme de l’anticonformisme: choquer le bourgeois, voilà bien une idée blafarde et jaunie du vieux monde agonisant.
On doute que l’adoption de cette écriture cryptique, errant quelque part entre le javanais et le Linéaire B, et particulièrement complexe à manier pour ceux qui sont le plus en difficultés d’apprentissage ou cognitives (mais l’idéologie de l’égalitarisme se fiche bien des inégalités réelles qu’il produit, du moment que les enfants d’une caste culturellement nantie peuvent se faire narcissiquement plaisir avec le frisson d’un progressisme de pacotille) contribue à améliorer la qualité de l’air lyonnais.
Comme tout ce qui a trait au langage, nous sommes là dans le registre du symbolique: peu importe le réel, ce qui compte c’est le message que l’on adresse, aussi illisible soit-il ou, précisément parce qu’il est illisible et, derrière lui, le spectre de l’idéologie qui remplace la souplesse et la fluidité du verbe et du parler communs: ce qui importe, c’est précisément que vous ne vous y retrouviez pas. On va leur montrer, à ces bourgeois mais aussi à ces populos lyonnais, de quel bois l’on se chauffe, nous qui sommes tellement à l’aise avec les mots, avec la culture, nous les gagnants de la mondialisation à qui rien ne fait peur…
Et l’on attend avec impatience la traduction en langage inclusif du fameux Littré de la Grand’Côte, à l’usage de ceux qui veulent parler et écrire correctement, rédigé en 1894 par ledit Nizier de Puitspelu sous l’égide de l’Académie du Gourguillon, ou encore la rédaction en écriture inclusive de la Plaisante sagesse lyonnaise, rédigée en 1920 par ledit Catherin Bugnard, secrétaire perpétuel de l’Académie des Pierres-Plantées… Ne faudrait-il pas même d’ailleurs tout bonnement censurer certaines de ces plaisantes et célèbres maximes populaires connues de tous les Lyonnais en raison de leur évident sexisme: «Si te montres trop ta femme et tes pécuniaux, te risques beaucoup qu’on te les emprunte. Et pour ce qui est de les ravoir, y a des chances qu’elle te revienne plus vite qu’eux»…? Contrairement à ce qu’elle prétend être, l’écriture inclusive est un pur signe de distinction, de domination culturelle et donc d’exclusion, dans le sens bourdieusien du terme, car seul celui qui maîtrise tous les codes peut se payer le luxe de les déconstruire pour son amusement comme d’autres jouent aux mots-croisés afin de tromper leur ennui. L’écriture inclusive dit à celui qui est contraint de la subir: voyez comme je sais mieux que vous ce qu’il faut dire et penser et comment il vous faudra désormais l’exprimer!
L’écologie n’est pas le véritable sujet: ce qui importe est de façonner les esprits contre leur volonté. L’écologie, d’ailleurs, on la cherche en vain dans cette autre «décision» (qui ne pèsera pas très lourd en vérité) du nouveau Maire visant à arrêter le projet de TGV Lyon-Turin, lequel projet débarrassera pourtant enfin, après tant d’années, de nombreuses routes, cols et vallées alpines du passage des camions. Interdire, censurer, imposer, fût-ce au prix de la stupidité: voilà comment fonctionne le gauchisme punitif auquel on cherchera en vain des vertus environnementales.
La Patrouille de France, ce fleuron de l’Armée de l’Air, devait quant à elle traverser le ciel lyonnais le 13 juillet. Il n’en sera rien a-t-il encore été décidé par cette même municipalité, dans un diktat se fondant sur une prétendue précaution sanitaire, alors même que le principe d’un avion est qu’on peut le regarder passer depuis n’importe où, juste en levant la tête, depuis sa fenêtre, sans avoir besoin d’attroupements, ce qui rend son spectacle du reste assez démocratique. On imagine sans peine et avec beaucoup de compassion combien cette mesure empêchant la geste populaire et patriotique a dû être douloureuse à prendre pour le nouveau Maire… «Le jour du 14 juillet, je reste dans mon lit Doucet», sauf qu’il y manque toute la bienveillante et chaude rondeur empathique d’un Brassens amoureux de la langue française.
Sans doute tout enthousiasmé par cette belle émulation de gauchisme rhônalpin, l’inénarrable maire de Grenoble Eric Piolle, élu grâce au même désintérêt citoyen pour ces élections en forme de mascarade (plus de 64% d’abstention…) qui, cette année, n’a pas encore alimenté l’habituel feuilleton estival des burkinis flottants en piscine municipale, s’est lui aussi précipité avec gourmandise sur la langue française, profitant de la crise de prurit sociétaliste qui s’est emparée momentanément des sociétés occidentales post-covidiennes. L’édile a ainsi commis un tweet dans un salmigondis woke de la plus belle facture: «Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution: débitumiser, dégenrer, végaliser et potagiser!…». Une chose est certaine: pour être dans le potage, on y est… Là encore, si l’idée initiale consistant à améliorer la qualité de vie dans les écoles est louable, on ne peut que constater ce même goût du charcutage de la langue mais aussi cette volonté d’introduire de force un changement profond dans la construction des individus. «Dégenrer», «pratiques de garçons», qu’est-ce à dire? Est-ce à dire qu’il faudra interdire le football, les billes et les jeux énergiques, afin de rendre toute une population complètement apathique et contemplative? Ne peut-on pas au contraire y inclure davantage les petites filles qui, comme l’auteur de ces lignes, ne quittait jamais son ballon de cuir et ses boulards en plomb et qui n’aurait guère apprécié qu’on lui impose d’aller à la place planter des salades?

Sous couvert d’inclusion et d’antisexisme, cette vision révèle en réalité une conception bien archaïque des «genres». Au moins le Maire de Lyon souhaite-t-il pour sa part encourager l’équipe féminine de l’Olympique Lyonnais, 4 fois victorieuse de la prestigieuse Ligue des Champions…tout espoir n’étant donc pas totalement perdu de ce côté-ci (il faut dire que celui qui osera se mettre en travers de la route de Jean-Michel Aulas n’est pas encore né). On se demande du reste si cette volonté affirmée de «dégenrer» les pratiques hommes-femmes n’a pas quelque fâcheuse tendance à disparaître soudain comme neige au soleil lorsqu’il s’agit d’adopter un discours et une action de fermeté face à la burqa de bain et autres signes vestimentaires extérieurs de l’islam politique, pourtant assez «genrés» s’il en est… Il ne faudra donc pas manquer, une fois ces guignolades finies, de dépiolliser la langue grenobloise mais aussi tous les poncifs et l’idéologie qu’elle véhicule, et au passage, de relire Roland Barthes: «La langue n’est ni réactionnaire, ni progressiste. Elle est tout simplement fasciste, car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire.». On voit bien de quel côté penche actuellement ce désir d’ «obliger à dire» lequel se double toutefois bien volontiers de l’esprit de censure.
Le spectacle des six ans à venir dans ces municipalités ne manquera pas d’être souvent amusant, il a démarré en trompette (non militaire), et l’on est toutefois tenté de dire que les électeurs n’y auront que ce qu’ils méritent… Car, comme le dit La Plaisante Sagesse Lyonnaise, «Tâche moyen de ne pas lâcher de bêtises, parce que t’auras beau courir après, t’auras de peine à les rattraper», même à la vitesse d’un TGV pour Turin.

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