L’insupportable critique de la clause Molière par l’UE

 

Décidément, dans cette campagne, l’UE ne cesse de se rendre insupportable. Après la non action sur les perturbateurs endocriniens et le blanc-seing à Monsantovoilà qu’elle critique la clause Molière qui impose un minimum de maitrise du français pour les travailleurs détachés dans les chantiers publics, qui serait « discriminatoire ». Pourtant, c’est une mesure de bon sens.

Eurolibéralisme contre constitution et sécurité 

Pour la commissaire européenne à l’emploi, « sur le plan juridique, je pense que cette clause est une discrimination contraire à la législation européenne. Ce n’est pas par un repli sur soi que l’on peut régler les problèmes de l’emploi. Ce type de protectionnisme n’est pas notre intérêt (…) la France n’a pas le droit de suspendre cette directive (des travailleurs détachés) (car) c’est une loi européenne qui découle du principe de libre circulation ». Voici donc un nouveau condensé de tout ce qui ne va pas dans cette construction dite européenne. D’abord, cette idée que tout doit pouvoir circuler, librement, dans l’UE, au mépris des règles nationales, sanitaires (pour le bio), comme linguistiques.

Ensuite, l’édiction de lois et règles qui restreignent toujours davantage le champ d’action de nos dirigeants, qui n’auraient même plus le droit de demander à des ouvriers travaillant sur un chantier de parler la langue du pays. Enfin, le procès fait à tout critique du « repli sur soi ». Pourtant, un pays, c’est une langue officielle et il est tout de même légitime de demander à ceux qui travaillent en France de parler français, quand ils ont une activité qui est purement locale. Qui plus est, c’est sans doute un impératif de sécurité pour s’assurer que les ouvriers peuvent se comprendre en cas de problème. Encore une fois, le dogmatisme sans limite des ayataollahs eurocrates les pousse jusqu’à la folie.

Merci aux patrons de région d’avoir mis en place cette clause, mais cela ne doit pas faire oublier que c’est toute la directive des travailleurs détachés qui doit être supprimée, quels que soient les menus ajustements faits par l’UE pour essayer d’apaiser les critiques. Et plus globalement, c’est cette tour de Babel totalement folle qu’il faut quitter au plus vite, sans la moindre hésitation.

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Jean-Claude Michéa: « Notre ennemi, le capital »

Si Jean-Claude Michéa est toujours aussi pénible à lire (le livre en lui-même compte 71 pages remplies à un bon tiers de notes, auxquelles renvoient 210 pages de ses fameuses scolies qui elles-mêmes renvoient à des notes…) il est toujours aussi intéressant pour qui cherche à comprendre comment la gauche est tombée si bas. L’une des explications de Michéa est qu’en fait elle n’est pas partie de bien haut et que son histoire se résume, pour emprunter la formule à François Furet, à être « le passé d’une illusion ». De l’illusion à la trahison il n’y avait qu’un pas qu’elle a tout de suite franchi, et, à part Jean Jaurès, on ne voit pas qui d’admirable la « gauche » a compté dans ses rangs.

L’entretien réalisé avec Christian Authier est, à son habitude, de grande qualité et je vous conseille chaudement la lecture de ce livre dont on appréciera le haut niveau philosophique qui n’exclue pas un sens percutant de la formule (comme « la Suède devenue la Corée du Nord du libéralisme culturel » avec la loi interdisant aux hommes d’uriner debout…)

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Jean-Claude Michéa : pour un «ni gauche ni droite d’en bas»

Par Christian Authier

Notre ennemi, le capital, le nouvel essai de Jean-Claude Michéa est l’événement éditorial de ce début d’année. L’auteur d’Orwell, anarchiste tory et des Mystères de la gauche poursuit sa critique d’un libéralisme promu par la droite comme par la gauche.
Quatre pages dans Le Monde le jour de sa sortie en librairie : pour ne citer que le «quotidien de référence», l’accueil médiatique réservé à Notre ennemi, le capital de Jean-Claude Michéa a été encore plus massif à celui que réserve d’habitude le système à un livre de Bernard-Henri Lévy. Les Inrockuptibles, Libération, L’Observateur ou Le Figaro ont eux aussi – parmi tant d’autres – consacré nombre de pages à cet auteur qui depuis 1995 se fait l’inlassable et brillant critique du libéralisme à travers des ouvrages (L’Enseignement de l’ignorance, Impasse Adam Smith, L’Empire du moindre mal, Le Complexe d’Orphée…) devenus des bréviaires. Surprenante reconnaissance pour un intellectuel qui a toujours refusé d’apparaître à la télévision, qui vit en province, qui a préféré enseigner la philosophie en lycée plutôt que de participer à la lutte des places universitaires. Héritier d’un socialisme originel devant plus à Pierre Leroux et à Proudhon qu’à Pierre Bergé et François Hollande, disciple d’Orwell et de sa notion de décence ordinaire («common decency»), adversaire résolu d’un libéralisme économique (plutôt de droite) et d’un libéralisme culturel (plutôt de gauche) qui tendent à fusionner, chantre d’un conservatisme critique et d’une certaine décroissance visant à préserver l’humanité d’une fuite en avant suicidaire : Jean-Claude Michéa développe une pensée aussi singulière que libre.
Pour ne rien gâcher, son style limpide et précis ne néglige pas un humour féroce et pince-sans-rire propre à fâcher les imbéciles. . Et c’est ainsi que Michéa est grand.

Dans votre réflexion, la question religieuse, est quasiment absente ou marginale. L’émergence d’un islamisme terroriste et totalitaire qui menace, notamment en France, des valeurs élémentaires (liberté, égalité…) vous paraît-elle secondaire ? Par ailleurs, nombre de chrétiens «ordinaires» (pour ne citer que ces croyants-là) mettent en œuvre dans leur quotidien des valeurs de solidarité et de partage qui semblent proche de celles dont vous vous réclamez, dont la «common decency», tandis que le pape François, notamment dans l’encyclique Laudato Si, dénonce la «tyrannie des marchés» et préconise une «certaine décroissance». Cela aussi ne devrait pas vous laisser indifférent…

Vous posez en réalité trois questions très différentes ! Pour la première, ma réponse sera très simple. Dans son discours du 4 mai 1877, Gambetta résumait la position de ce qui constituait alors l’«extrême gauche» républicaine par la célèbre formule : «le cléricalisme, voilà l’ennemi !». Jules Guesde lui avait alors reproché d’occulter ainsi «le véritable et unique ennemi – le capitalisme – pour un adversaire de fantaisie, le cléricalisme». Et de fait, d’un point de vue socialiste, il importe assez peu, en définitive, que les comportements concrets d’entraide et de solidarité sur lesquelles doit reposer une «société libre, égalitaire et décente» (Orwell) puisent leur inspiration première dans une culture de type religieuse (qu’elle soit musulmane, chrétienne ou autre) ou dans une culture philosophique «profane» (à charge pour chaque croyant d’élaborer alors les arrangements nécessaires entre le dogme et les exigences de sa conscience morale). Il serait effectivement absurde d’interdire aux travailleurs qu’anime leur foi religieuse de participer aux luttes syndicales ou de militer dans une coopérative ! Ce qui compte avant tout c’est donc bien la façon – primat du calcul intéressé ou primat de la «décence ordinaire» – dont les individus se comportent réellement dans leur vie quotidienne.
Concernant la deuxième question, il est clair que l’Islam radical représente aujourd’hui une variante particulièrement terrifiante des idéologies totalitaires classiques. Le nier, reviendrait à rééditer les erreurs de cette extrême  gauche pacifiste des années trente qui refusait de critiquer l’arrivée d’Hitler au pouvoir sous prétexte que cela reviendrait à encourager la «germanophobie» et donc les attitudes nationalistes et bellicistes. Mais cette nouvelle idéologie ne tombe certainement pas du ciel ! D’une part, parce qu’elle trouve en partie les clés de son essor actuel à la fois dans l’échec du «socialisme arabe» des années 1960 et 1970 et dans la double intervention de l’URSS en Afghanistan et des Etats-Unis en Irak. Et de l’autre, parce qu’elle constitue – au même titre que le fascisme des années trente – un substitut pervers de cette critique radicale de la dynamique aveugle du capitalisme à laquelle la gauche moderne a définitivement tourné le dos depuis trente ans.
Or quand on ne dispose plus d’aucune grille de lecture rationnelle capable d’éclairer la logique concrète du mouvement qui conduit inexorablement à détruire toutes vos conditions matérielles et culturelles d’existence, alors vient nécessairement le temps de la recherche des boucs émissaires et celui – disait Orwell – de la «haine et des slogans». Quant à l’encyclique du pape François, elle constitue bien, sur de nombreux points, une avancée louable et intéressante. Mais il ne faudrait quand même pas oublier que depuis la seconde partie du XIXe siècle la critique de l’égoïsme libéral a toujours constitué l’un des axes majeurs de la «doctrine sociale» de l’Eglise !

Vos livres sont toujours bien accueillis par des médias – Le Figaro et Le Figaro magazine par exemple – qui sont par ailleurs acquis au libéralisme économique que vous pourfendez. Parallèlement, des médias jusque-là rétifs (Le Monde, les Inrockuptibles…) se montrent plus réceptifs à votre endroit. Comment analysez-vous cela ?

Les trois exemples que vous donnez relèvent de logiques distinctes. S’agissant des Inrocks, il est clair qu’une partie des rédacteurs a réellement pris la mesure de l’impasse dans laquelle se trouvait aujourd’hui la gauche et s’interroge donc, avec plus ou moins de fermeté, sur les racines du mal et les moyens d’y remédier.
Pour ce qui est des journalistes du Figaro, leur lecture est beaucoup plus sélective ! Car s’il leur est relativement facile de se reconnaître dans ma critique du libéralisme culturel (l’idée que la liberté individuelle ne peut se développer à l’infini sans mettre à mal les fondements mêmes du lien social), il leur est beaucoup plus difficile, en revanche, d’admettre que c’est précisément cette notion d’un individu «indépendant par nature» et «propriétaire absolu de lui-même» qui fonde, depuis l’origine, toutes les constructions intellectuelles du libéralisme économique. C’est là, en somme, le drame de tout libéralisme qui se prétendrait encore «conservateur». On ne peut pas, en  effet, défendre à la fois l’idée que le dimanche est un jour traditionnellement à part et militer pour l’ouverture dominicale des magasins !
Quant au Monde, son nouvel intérêt pour mes écrits («Michéa, c’est tout bête», proclamait pourtant ce quotidien, il y a quelques années seulement !) est, comme on s’en doute, beaucoup plus pervers. Il procède avant tout de sa nouvelle conviction, qui est également celle des secteurs les plus lucides du grand patronat et du monde financier, que la poursuite de l’aventure libérale exige aujourd’hui qu’on laisse provisoirement de côté le vieux système de l’«alternance unique» (ces secteurs ont tout de suite compris, en effet, que l’élection du thatchérien Fillon risquait de mettre le pays à feu et à sang). Dans cette optique clairement marquée par le modèle allemand d’une «grande coalition» (et dont Macron est devenu par défaut le candidat le plus plausible), mon analyse «iconoclaste» de l’obsolescence grandissante du vieux clivage droite/gauche peut évidemment avoir son utilité.
Mais c’est évidemment «oublier» que j’ai toujours pris soin de distinguer le «ni gauche ni droite» d’en haut – celui de Merkel et Macron – de ce «ni gauche ni droite» d’en bas qui définissait l’essence même du socialisme originel.

Vous semblez placer beaucoup d’espoir dans l’expérience de Podemos. Ce mouvement – qui participe à des majorités dans des villes ou des parlements régionaux avec le très libéral PSOE – est-il vraiment différent, notamment sur des questions sociétales (immigration, extension des droits des minorités…) de la gauche «taubiresque» que vous critiquez ?

L’originalité de Podemos est d’avoir compris dès le début que le clivage fondamental n’était pas celui qui oppose un «peuple de gauche» et un «peuple de droite» – Pablo Iglesias n’est pas Benoît Hamon ! – mais celui qui doit opposer l’ensemble des classes populaires à ce système capitaliste dépourvu de toute «limite morale et naturelle» (Marx) qui détruit leur autonomie et mutile leur puissance de vivre (la question – très complexe – de l’alliance avec les nouvelles classes moyennes devant être replacée dans ce contexte). Le problème, comme je le souligne dans mon livre, c’est que Podemos (dont le point de départ était pourtant une petite chaîne de télévision émettant depuis le quartier ouvrier de Vallecas, au sud-est de Madrid) a rapidement fait le pari de s’appuyer beaucoup plus sur le monde – assurément plus «moderne» – des «réseaux sociaux», que sur celui où vivent et travaillent quotidiennement les classes populaires.
Cela ne pouvait conduire, dans la pratique, qu’à conférer un poids idéologique démesuré à ces nouvelles classes moyennes urbaines dont les réseaux sociaux constituent précisément l’une des formes d’expression privilégiées (Claudio Magris disait «qu’il est rare d’entendre dans un autobus des bourdes aussi monumentales que celles qu’on remarque à la télévision ou dans les journaux» ; c’est sans doute encore plus vrai de l’univers du Net !).
Si l’on ajoute que tout mouvement politique qui commence à engranger des succès électoraux – et donc du pouvoir et des élus – finit toujours par attirer à lui, comme Paul Lafargue le déplorait dès 1899, de «nouvelles recrues issus des universités et des milieux bourgeois» qui en viennent très vite «à émettre la prétention de régenter le parti, de réformer sa tactique et de lui imposer de nouvelles théories», on comprend alors mieux, effectivement, le danger qui guette aujourd’hui Podemos : celui de se voir replacé – comme le notait Pablo Iglesias en juillet 2015 – «dans une logique que nous avons depuis le début considérée comme perdante, celle de l’axe gauche-droite traditionnel» (et le fait que certains élus de ce mouvement aient déjà fait de la lutte anti-corrida l’un des axes désormais prioritaires de leur programme politique en constitue l’un des symptômes les plus caricaturaux).
Si rien n’est fait pour redresser la barre et remettre la lutte populaire contre le capital au centre de sa stratégie, Podemos verra donc très vite les équivalents locaux de nos Noël Mamère, Clémentine Autain et autres Emmanuelle Cosse prendre progressivement le contrôle des opérations et diriger ce mouvement à sa perte. Pour le plus grand malheur, évidemment, du peuple espagnol.

Notre ennemi, le capital, Climats, 315 p.
À signaler également la réédition en poche du livre d’entretiens entre Jacques Julliard et Jean-Claude Michéa :
La gauche et le peuple, Flammarion, collection Champs, 320 p.

Article paru dans l’édition du 24 févr. 2017 | Par Christian Authier

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Comment le bel enfant Macron vint au monde?

Mis en avant

Dans un article « Pour une logique de l’indiscipline » qui faisait écho à l’ouvrage de mon collègue américain Alasdair Roberts « The Logic of Discipline : Global Capitalism and the Architecture of Government« , j’analysais comment le capital avait progressivement pris le pouvoir sur tout ce qui l’intéressait pour organiser la mondialisation – les routes, les ports, les aéroports, les chemins de fer… et bien sur, la Banque Centrale! – au travers des privatisations, les retirant de ce fait du tumulte du débat public (le marché étant un régulateur autrement plus logique et rationnel – efficient, comme on dit dans le langage supposé expert du néolibéralisme). L’idéologie sous-jacente est celle de la « crise de la démocratie » : les citoyens demandent trop et sont en même temps hostiles à « la réforme », « le peuple n’ayant pas toujours raison » comme l’a proclamé Daniel Cohn-Bendit après le référendum sur le brexit. il faut donc remplacer la démocratie par la discipline des marchés. On reconnait ici les thèmes favoris du discours des soutiens du beau bébé, les Alain Linc, Jacques Attali et consorts.

Une fois cette mise sous discipline réalisée,  Il faut donc bien laisser quelques miettes audit débat public: c’est ce que Roberts appelle les concours de beauté (beauty contest). Voilà quel a été le sens profond des « réformes de l’Etat »

La France s’enfonce dans les concours de beauté qui ont déjà envahi notre vie quotidienne, sont omniprésents sur les chaines de télévision (Ah le bon temps nous n’avions qu’une seule chaine en noir et blanc avec des productions haut de gamme et des émissions d’informations faites par de vrais journalistes…) animés par des animateurs de plus en plus vulgaires et des journalistes de plus en plus incultes.

La politique aussi: les élections présidentielles de 2017 sont en train de parvenir à devenir des élections sans aucun débat politique. Les politiques professionnels de la « classe politique » y ont ont mis du leur avec leurs primaires, qui nous auront permis de rigoler un peu en allant torpiller les candidats prédésignés par le système. Tout cela pour obtenir, d’un côté un candidat dont le dossier chargé d’affaires plus indécentes que pénales est sorti à point nommé par un chef d’orchestre localisé dans un bureau proche du « président » sortant et sorti, et de l’autre le candidat le plus nunuche et caricatural que la pseudo-gauche sait produire, ce qui offre au-dit président  le luxe de régler ses comptes avec son propre camp.  

Ainsi la voie est libre pour sortir du chapeau un produit fabriqué à grands coups de banquiers, de médias, d’oligarques faiseurs d’opinion – ou qui pensent l’être – qui va organiser des meetings devenus monstres grâce aux jeux de lumières et à une chorégraphie d’animateurs – pardon, de « Helpers » – qui donne une impression de foule en délire. Il faut dire qu’il y a de quoi tant le discours du candidat est inspirant : « l’eau ça mouille », « le feu ça brûle »   ouaaiiiisss…….

Le système hoquette en s’en prenant à Marine Le Pen en sortant des affaires cousues de fil blanc, comme cette pièce décisive…. recueillie deux jours plus tôt par une perquisition de police, et qui sort miraculeusement dans The Monde, le très mondialiste journal de l’oligarque Pierre Bergé. Certains esprits dérangés pourraient en conclure que juges, policiers (pas tous, les arrivistes, les corrompus et les trop lâches pour dire non… Ce qui fait quand même du monde) et journalistes, eux, tous, agissent de concert pour monter « une opération » comme on dit dans le métier.

Bref, cette campagne française réussit à organiser une élection sans qu’on n’y parle de politique et de projet pour le pays. Tout continuera donc comme avant, mais avec des beaumes pour calmer les douleurs: le revenu minimum couplé à un join de haschich devrait vous clamer les banlieues que l’on abandonne au nom du racisme d’Etat qui veut que  l’on n’intègre plus, pour l’un, et pour l’autre, le sacrifice de 500000 fonctionnaire au Moloch néolibéral. Et pendant ce temps là les autres qui veulent parler programme et question de fond…? Quels autres?

En fait, Français, vous ne l’avez pas encore compris mais c’est la réélection de François Hollande, sous la figure du gnome Macron qui se prépare

Donnons la parole à l’avocat Régis de Castelneau qui dissèque avec talent ce système qui a réussit à ce jour à exclure tous les sujets de fond du débat public.

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Macron : technique d’un coup d’État

Par Régis de Castelnau

L’arrivée au gouvernement le 26 août 2014, d’Emmanuel Macron, parfait inconnu, et tous les événements qui ont suivi montre qu’il est quand même un parfait veinard. Une furieuse et interminable campagne médiatique en sa faveur, des parrains timides puisqu’il refuse de les nommer, mais généreux qui lui permettent une campagne ruineuse. Les organes de contrôle de la régularité, de l’égalité et de la sincérité la campagne présidentielle brusquement atteints d’une forme grave de la maladie du sommeil. Un Président de la République qui laisse la place en faisant savoir qu’il se verrait bien présider l’UE. Et tous les copains de promo de l’ENA déjà à des postes judicieux, qui lui préparent le terrain. Et la justice pénale qui a adopté au tempo particulièrement bien ajusté qui lui ouvre un boulevard.

Je sais ce que je vais recevoir pour ne pas marcher dans le conte de fées que nous sert le camp du Bien. Ce sera, la nouvelle injure disqualifiante : complotiste ! Critiquer Macron et l’invraisemblable opération qui vise à en faire le futur Président de la République, c’est considérer que l’Histoire n’est qu’un complot judéo-maçonnique-illuminati-reptilien.
Je propose quand même d’essayer de mieux comprendre et pour cela je propose d’adopter la méthode de Lawrence Durrel dans son fameux « quatuor d’Alexandrie », qui avait raconté la même histoire sous quatre points de vue différents.
Commençons par l’affaire Fillon, qui a éclaté avec les informations gênantes du Canard enchaîné, provoquant en pleine campagne présidentielle un lynchage médiatico-judiciaire géant quoique finalement routinier. La primaire de la droite a choisi un candidat sur la solidité duquel les bourgeois de province auraient mieux fait de s’interroger avant. Les reproches qui lui sont faits sont en partie justifiés, sa défense initiale a été calamiteuse, et la justice qui alimente comme d’habitude les gazettes ne ferait que son travail. Et comme en plus François Fillon avait imprudemment et de façon très déplaisante pour ses adversaires, placé sa candidature sous l’égide de la probité de la rectitude, il prend le boomerang en pleine face. Dans un climat politique tendu, il n’y a aucune surprise à voir la clameur se déchaîner. Si la droite républicaine se retrouve aujourd’hui dans la nasse, elle doit s’en prendre à elle-même pour avoir choisi un cheval fragile et lancé l’épreuve présidentielle n’importe comment. Tout ceci est difficilement réfutable. Mais quand même, la droite républicaine ne doit-elle s’en prendre qu’à elle-même ? Voire.
Parce que si l’on raconte l’histoire en changeant de focale pour diriger l’objectif vers Emmanuel Macron apparaît une autre réalité. Finalement très inquiétante.
J’avais été frappé par le sourire radieux de Jean-Pierre Jouyet lorsque sur le perron de l’Élysée il annonça la nomination d’Emmanuel Macron en remplacement d’Arnaud Montebourg. Ce concentré de la haute fonction publique oligarchique était trop content du tour qu’il jouait à la France avec la promotion de son poulain qu’il eut sous ses ordres entre 2005 et 2007 à l’inspection des finances. La fusée était lancée, mise en orbite prévue mai 2017, soit comme premier ministre d’un François Hollande reconduit, voire d’Alain Juppé, soit carrément président. Cet objectif stratégique une fois défini, les différentes mises en œuvre tactiques sont très simples.
Nul besoin d’un groupe occulte et secret pour animer le déferlement. Une stratégie marketing onéreuse à base d’argent à l’origine obscure, de promotion médiatique grossière, de ralliements spectaculaires, le soutien tous ceux qui, accrochés à leurs privilèges, ont une peur panique du changement, la machine s’alimente toute seule. Mais en plus, il y a l’appui d’une partie de l’appareil d’État et de ceux qui le dirigent. Comme par exemple Madame Ernotte qui semble ne voir aucun inconvénient à ce que le service public radiotélévisé qu’elle dirige ait depuis longtemps abandonné le pluralisme que son statut exige pourtant.  Ou le président du CSA inerte devant le formidable déséquilibre des temps de parole, le Président de la Commission Nationale des Comptes de Campagne qui regarde ailleurs et le Président du Conseil Constitutionnel qui assiste sans broncher à la confiscation de l’élection présidentielle. Il y aurait pourtant l’occasion de quelques remarques à propos du financement particulièrement réglementé de la campagne électorale d’Emmanuel Macron. L’origine des fonds, l’implication des services de l’État dans l’organisation de la campagne , ce mutisme qui commence à ressembler à un parti pris est particulièrement grave. Et constitue un dévoiement de l’appareil d’État qui devrait pourtant afficher une stricte neutralité.
Mais il y a pire, c’est l’instrumentalisation comme cela a été si souvent le cas dans ce quinquennat, de la justice à des fins politiques. Qui peut croire que c’est par hasard, ou grâce à la sagacité de ses « enquêteurs », comme on appelle désormais les journalistes sans que cela ne les gêne, que la presse s’est trouvée alimentée d’informations sur des faits parfois vieux de 20 ans ? Qui peut croire que c’est chose normale que le parquet financier se soit saisi avec cette rapidité, et ait pu mener de façon fulgurante ses premières investigations sans qu’elles aient été préparées à l’avance ? Qui peut penser que ces violations insensées du principe de séparation des pouvoirs d’abord par la descente de la police dans les locaux du Parlement sans que le président Bartolone n’y trouve à redire (!), relèvent de l’improvisation ? Et qui peut imaginer ensuite qu’au parquet financier on ne sache pas le caractère grossièrement inconstitutionnel de sa décision d’ouvrir une enquête préliminaire concernant un parlementaire dans l’exercice de ses fonctions, sans qu’elle ait été précédée d’une enquête du bureau de l’assemblée ? Qui ne peut pas être scandalisé que, comme hélas c’était prévu, les éléments du dossier couverts par un strict secret se retrouvent instantanément entre les mains des « enquêteurs » du Monde, préposés à ce genre de besogne et par ailleurs confidents officiels du Président de la République?
Nous avons même eu droit à un ridicule écran de fumée voulant faire porter la responsabilité du déclenchement du barrage d’artillerie à Rachida Dati.
 
Eh bien, si l’on y regardait d’un peu plus près ? Jean-Pierre Jouyet secrétaire général de l’Élysée a su s’entourer c’est le moins que l’on puisse dire. Il y a Gaspard Gantzer, camarade de promotion de Macron à l’ENA, à qui ses fonctions permettent d’être comme un poisson dans l’eau dans la presse parisienne. Les avaient rejoints Pierre Heilbronn énarque inspecteur des finances lui aussi, qui a longtemps collaboré avec François Fillon, pour ensuite aller occuper la fonction de directeur général adjoint du cabinet de Michel Sapin. Il est parti en juillet dernier à la direction de la BERD, mais avant son départ, Jean-Pierre Jouyet a recruté sa compagne Ariane Amson, nommée conseillère justice au cabinet élyséen. Cette magistrate n’est pas énarque, mais arrive directement… du parquet financier.
Mais, qu’est-ce que tu vas chercher ? Mais rien voyons, je suis persuadé que tout cela n’a aucun lien avec les ennuis de François Fillon, ce genre de choses n’arrive jamais. De la même façon, le renvoi précipité en correctionnelle de Nicolas Sarkozy à l’aide d’une ordonnance qu’un des deux magistrats co-saisis, et pas n’importe lequel, a refusé de signer, ne saurait en aucun cas être considéré comme une initiative visant à définitivement fermer la voie d’un plan B Sarkozy, et à gêner la droite encore un peu plus. Ce serait fadaise, n’est-ce pas ?
Complotiste ! Tu ne perds rien pour attendre, les décodeurs du Monde et de Libération vont te mettre à l’index, ça ne va pas être long. Parce que, dans cette volonté furieuse de ne rien changer, la presse amie du pouvoir met le paquet. Et lance la chasse à ceux qui pensent mal. Avec toute une série d’initiatives visant à réprimer la liberté d’expression.
Alors, effectivement il y a deux approches de l’affaire Fillon. Tout d’abord considérer que François Fillon n’a que ce qu’il mérite. Et que tout cela relève d’un fonctionnement démocratique.
 
Il y a aussi une autre lecture, tout aussi recevable mais qui pose un lourd problème démocratique. Le moment choisi, les méthodes utilisées et l’objectif poursuivi par ceux qui manifestement sont à la manœuvre caractérisent un dévoiement des services de l’État visant à confisquer l’élection présidentielle et faciliter l’arrivée d’Emmanuel Macron au deuxième tour de l’élection, pour qu’il puisse l’emporter grâce au réflexe de front républicain. En bon français, cela s’appelle un coup d’État.
C’est jouer avec le feu. Rien ne garantit une victoire électorale du candidat de tous les conservatismes, mandataire de l’establishment énarchique et financier. Et quand bien même l’emporterait-il, sa victoire ne réglerait rien. Et les méthodes utilisées affaibliraient encore plus les institutions et créeraient autant de précédents très dangereux pour les libertés publiques.
Quant à Marine Le Pen, elle aura beau jeu de se présenter comme seule candidate du changement, et de la défense des libertés publiques. Il est assez stupéfiant de voir que notre establishment n’a rien appris des élections américaines.

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Quelques rappels sur la colonisation

Le débat, relancé par le produit médiatique Emmanuel Macron, sur la colonisation française qui aurait été un « crime contre l’humanité » est bien sûr choquant car tenu en Algérie, pays qui est tenu depuis son indépendance par une caste militaire prédatrice qui vit de la rente que lui a laissée précisément ladite colonisation, mais est surtout un monument de bêtise et d’ignorance. J’ai rappelé dans mes travaux sur l’Etat stratège l’erreur monumentale qu’a été la colonisation, voulue en France par « la gauche » au nom du « devoir des races supérieures à éduquer les races inférieures ». L’excellent et rigoureux site d’histoire Herodote.net rappelle ici quelques vérités de base.


Colonisation : les Français marchent sur la tête

 

Qui l’aurait cru ? À deux mois des élections présidentielles, deux candidats majeurs ne trouvent rien de mieux que de lancer un débat sur la colonisation, une page d’Histoire tournée il y a plus d’un demi-siècle.

À droite, François Fillon croit bon de la justifier en y voyant un bienfaisant partage de la culture nationale avec les peuples africains. Au centre-gauche, Emmanuel Macron y voit rien moins qu’un crime contre l’humanité (*).

Faut-il rire ou pleurer devant tant de bêtise et de contresens ? Le plus drôle est que l’un et l’autre marchent à fronts renversés.

François Mitterrand, ministre de l'Intérieur, dirige la répression contre le FLN dans les Aurès en 1954

La colonisation est le grand œuvre de la gauche républicaine

Si « la colonisation » (*), sans plus de précision, a été un crime contre l’humanité, donc imprescriptible, il faut interdire les partis héritiers de ceux qui l’ont planifié (*).

Interdisons donc le Parti socialiste, qui se réclame de Ferry (*), Jaurès (*) et Blum (*), tous ardents partisans de la « mission civilisatrice des races supérieures ».

Interdisons-le aussi parce qu’il est l’héritier de la SFIO de Mollet, qui a pris le parti des pieds-noirs d’Algérie contre les partisans d’une plus grande autonomie, et parce qu’il a été fondé par Mitterrand. Comme ministre de l’Intérieur et garde des Sceaux, celui-ci a initié la répression en Algérie, envoyé à la guillotine plusieurs dizaines de fellaghas et donné les pleins pouvoirs au général Massu pour restaurer l’ordre républicain à Alger.

Tant que nous y sommes, brûlons les oeuvres de Victor Hugo, qui lançait à ses compatriotes : « Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la » (*) !

Au sein de la gauche républicaine, il n’y a guère que Clemenceau qui s’est opposé aux entreprises coloniales, par humanisme et aussi pour rendre la priorité à la lutte contre l’Allemagne après la guerre franco-prussienne.

Ces choses-là ne sont pénibles à lire que pour les ingénus qui ont « oublié que l’Histoire est tragique » (Raymond Aron). Les responsables ci-dessus étaient des hommes de qualité, soucieux de l’intérêt national et du bien de l’humanité. Ils agissaient selon leur conscience, parfois au prix de cruels dilemmes et sans toujours mesurer les implications de leurs choix.

Ne les condamnons pas trop vite comme un tel qui « a les mains pures, mais il n’a pas de mains » (Charles Péguy). Humblement, disons-nous que nous commettons peut-être aujourd’hui, en toute bonne conscience, dans tel ou tel domaine, des choix qui nous seront également reprochés dans dix, cinquante ou cent ans…

La droite n’a jamais aimé les colonies

Depuis 1962, l’extrême-droite nationaliste cultive la nostalgie de l’époque coloniale, quand la France se voyait grande avec un planisphère à moitié « rose ». Mais il n’en pas toujours été ainsi !

Au début de la IIIe République, Paul Déroulède, pamphlétaire de l’extrême-droite nationaliste et fondateur de la Ligue des Patriotes, s’est violemment opposé aux entreprises coloniales. C’était, comme Clemenceau, pour mieux préparer la « revanche » sur l’Allemagne : « J’ai perdu deux sœurs, l’Alsace et la Lorraine, et vous m’offrez vingt domestiques ! »

Ce cas mis à part, la plupart des figures de droite se sont opposées à la colonisation parce qu’elle coûte cher et ruine le pays. C’est ce qui dit le sénateur monarchiste Albert de Broglie à la tribune : « Les colonies affaiblissent la patrie qui les fonde. Bien loin de la fortifier, elles lui soutirent son sang et ses forces » (11 décembre 1884).

Cette thèse a cours depuis le XVIIIe siècle chez les économistes classiques qui s’inquiètent des effets délétères du protectionnisme colonial. Avec une singulière prescience, Jean-Baptiste Say écrit ainsi dès 1830 : « Les vraies colonies d’un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde (…). Un temps viendra où on sera honteux de tant de sottise et où les colonies n’auront plus d’autres défenseurs que ceux à qui elles offrent des places lucratives à donner et à recevoir, le tout aux dépens du peuple » (Cours complet d’économie politique).

Nous sommes ici aux antipodes de la doxa contemporaine qui voit la colonisation comme le fruit vénéneux du capitalisme. Dans les années 1970, Jacques Marseille, jeune historien communiste, s’était lancé dans une thèse, Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce (Albin Michel, 1984), afin de démontrer cette proposition… À sa grande surprise, il avait tout au contraire découvert que la colonisation avait entravé plutôt que favorisé le développement de la métropole.

À ces deux critiques de la colonisation par la droite, ajoutons-en une troisième, que nous pourrions dire « humaniste ». Elle vient de personnalités qui ont tenté de corriger les dérives de la colonisation.

La première est unaniment honnie de la gauche républicaine puisqu’il s’agit de l’empereur Napoléon III. Embarrassé par l’Algérie reçue en héritage, il projette d’en faire un « royaume arabe » autonome… Violemment hostiles au projet, les colons européens vont s’allier aux républicains en vue de renverser l’Empire à la première occasion.

Citons aussi le maréchal Lyautey, monarchiste de coeur et catholique social. Engagé dans les guerres coloniales, il mène celles-ci avec l’énergie requise.

Après l’humiliation de Fachoda, en 1898, comme beaucoup de conservateurs, il s’accommode des conquêtes coloniales de la gauche républicaine parce qu’il y va de l’honneur du pays.

Mais quand il reçoit en 1912 mission d’administrer le Maroc en qualité de Résident général auprès du sultan, il force l’estime des Marocains par son équité et son souci de les protéger de la cupidité des colons et des traficants.

Fêtes données à l'Empereur et à l'Impératrice à Alger le 20 septembre 1860 (Isidore Pils, 1813-1875)

Freud, reviens, ils sont devenus fous !

Si, en France plus qu’ailleurs, la colonisation et le passé polluent le débat politique droite-gauche, il y a bien sûr à cela des motifs opportunistes : dénoncer la colonisation ou l’enseignement de l’Histoire évite d’avoir à répondre de son programme ou de ses écarts de conduite.  Mais il y a surtout des raisons de type psychanalytique !
« Il existe un lien obscur entre l’universalisme dit civilisateur et le colonialisme du mépris, et il faudra bien que le discours républicain tire un jour au clair son refoulé colonial », écrit l’essayiste Régis Debray (*).

De fait, la gauche est malade de ne pouvoir admettre que ses glorieux ancêtres se sont fourvoyés par fidélité à l’« universalisme républicain ». Sous la Révolution, ils prétendaient apporter la Liberté aux autres peuples à la pointe des baïonnettes, sous la IIIe République, ils prétendaient civiliser l’Afrique…

Et aujourd’hui ? La gauche n’a-t-elle pas encore la prétention d’imposer ses valeurs bien évidemment « universelles » aux banlieues, à l’Europe et à l’ensemble de la planète ? Ses cris d’orfraie veulent faire oublier ses fourvoiements et les attribuer à la droite et l’extrême-droite. Comme si un mensonge, à force d’être répété et hurlé, pouvait devenir vérité !

Maladroitement, la droite et l’extrême-droite sont tombées dans le piège. La première parce qu’elle cultive la nostalgie de « la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs » (Charles de Gaulle), la seconde peut-être aussi parce qu’elle ne digère pas le lâchage de l’Algérie sur une victoire militaire.

Si l’on en croit Freud et ses disciples, la persistance dans le déni ne mène à rien de bon. Souhaitons que la gauche française mais aussi la droite et l’extrême-droite regardent enfin leur passé les yeux dans les yeux et, plus important que tout, ne se posent plus en donneurs de leçons.

Que ne prenons-nous exemple sur nos cousins anglais !

La Grande-Bretagne s’est dotée d’un empire colonial beaucoup plus important que celui de la France. De son fait, les Indes ont vu la ruine de leur agriculture et de leur industrie textile. Pressurées et appauvries, elles ont connu sous la colonisation britannique des massacres et des famines épouvantables. Tout cela ne fait pas pour autant débat ni n’a donné lieu à repentance ou excuses.

Au XIXe siècle, à Londres, les Premiers ministres se sont succédés ou ont alterné au pouvoir avec leurs différences : Palmerston l’impérialiste, Disraeli le colonialiste exalté, Gladstone l’anticolonialiste tout autant exalté. Mais par pragmatisme, leur politique a toujours été assumée – erreurs comprises – et jamais reniée.

Plus surprenant, les Britanniques n’ont pas essuyé de reproches des Indiens ni d’aucun des peuples qu’ils ont colonisés (à l’exception des Irlandais) ! Notons pour être exact que les Français n’ont pas non plus essuyé de reproches des Indochinois et en particulier des Vietnamiens, en dépit d’une colonisation au moins aussi brutale qu’en Algérie.

À cela une raison simple : ces peuples sont tournés vers l’avenir et ne s’occupent pas de ruminer le passé.

C’est tout le contraire de la malheureuse Algérie, prisonnière depuis l’indépendance d’une clique de malfrats qui trouve pratique de rejeter sur l’ancien colonisateur les maux du présent.

Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d’Algérie et  « idiot utile » du gouvernement algérien, en rajoute en prétendant voir un lien entre l’« impensé colonial » , les dérives xénophobes et le mal-être des banlieues. Mais si l’on considère la proportion de jeunes musulmans qui partent pour le djihad en Syrie, elle est bien plus élevée en Belgique et même au Danemark, pays qui n’ont jamais colonisé de terre musulmane ! Il est donc faux d’expliquer les ratés de l’intégration en France par l’histoire coloniale (*).

Comme le rappelle l’historien Marc Ferro, qui a enseigné en Algérie : « Dans le passé, au temps colonial, on n’a jamais rien caché des atrocités de la conquête et cela ne choquait personne, pas plus les métropolitains que les indigènes. Ces derniers ne se souciaient pas du passé mais de l’avenir, le leur ! »

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En défense d’Olivier Berruyer

Notre Pravda nationale – Le Monde – a lancé une opération d’envergure de censure de toute forme de contestation de la pensée dominante, opération qui, à peine lancée se retourne contre elle puisque sa première conséquence est d’avoir fait bondir la fréquentation du bloc-notes de Jacques Sapir. Les « journalistes » du Monde ont en effet décidé de créer un index semblable à celui qu’avait créé l’Eglise catholique après le Concile de Trente pour dire ce pouvait être lu et devait interdit. Il s’appelle Decodex qui se prétend être une « éducation à l’information ».

 

Rappelons que Le Monde est ce journal qui n’a cessé de faire l’apologie des Khmers rouges  avant d’être obligé de faire machine arrière tardivement, devant l’accumulation des évidences. Quotidien de référence autoproclamé et proclamé de tout ce qui se voulait instruit, ce journal nous fit la propagande de la Chine de Mao (je m’y suis moi-même laissé prendre) et du Cambodge de Pol Pot sous la plume de deux journalistes qui ont imposé leurs vues durant des décennies, Patrice de Beer et Alain Bouc.

Ils avaient déjà mis à l’index l’oeuvre de Simon Leys « Les habits neufs du Président Mao » paru opportunément en 1971, en pleine fascination pour le maoïsme qui dominait la pensée des milieux universitaires « de gauche » – donc de l’université en général. Dans Le Monde, Alain Bouc, exécutait le livre en quelques lignes « « Une nouvelle interprétation de la Chine par un « China watcher » français de Hongkong travaillant à la mode américaine. Beaucoup de faits, rapportés avec exactitude, auxquels se mêlent des erreurs et des informations incontrôlables en provenance de la colonie britannique. Les sources ne sont d’ordinaire pas citées, et l’auteur n’a manifestement pas l’expérience de ce dont il parle. La Révolution culturelle est ramenée à des querelles de cliques ». Le Decodex était déjà à l’oeuvre et l’on ostracisait déjà les opposants au nom de la « vérification des sources », alors qu’Alain Bouc lisait mal le chinois quand Simon Leys (pas français mais belge), vivant à Hong Kong, était un sinisant de haut niveau. Dans un texte pertinent, Claude Hudelot nous rappelle ce triste épisode

 

Pour renforcer cette emprise sur nos jeunes esprits, il y avait les inévitables « chrétiens de gauche » comme le dominicain de Bordeaux (où je vivais en 1968) Jean Cardonnel qui voyait en Mao un nouveau Jésus et n’avait de cesse de souligner la parenté entre l’oeuvre du Président Mao et les Evangiles. Je m’étonnais à l’époque qu’un prêtre dominicain, ordre fondateur de l’Inquisition, puisse soutenir un tel point de vue (que j’approuvais à l’époque). Sans y chercher une explication causale, le fait me parait moins paradoxal aujourd’hui…. 

Cette tradition de désinformation se poursuit  aujourd’hui sous l’impulsion d’Arnaud Leparmentier, ultralibéral et européiste aussi fanatique que son alter ego de Libération, Jean Quatremer, qui a osé soutenir que le peuple grec était responsable de son sort, et de l’opposer à une supposée vertu balte. Il s’est fait remettre à sa place d’idéologue plumitif par Romaric Godin dans La Tribune, … qui lui vient d’être licencié pour pensée hétérodoxe.


Donc, s'il y a un journal disqualifié pour "éduquer à l'information", c'est bien celui-là.

Il s’en prend particulièrement au site d’Olivier Berruyer, les crises. J’ai rencontré une fois Olivier Berruyer que j’ai accueilli au Cercle Nation et République de mon ami Jacques Myard. Actuaire de son état, c’est dire s’il a la précision des chiffres et la rigueur de son métier. Tout est vérifié et recoupé chez lui. C’est suffisant pour lui attirer la haine de tous les inquisiteurs qui sommeillent dans la peau des « journalistes » du Monde, de Libération ou de Télérama. Je reproduis ici le papier en soutien à Olivier Berruyer que publie l’avocat Régis de Catselnau dont je ne saurais souligner assez la pertinence des analyses qu’il publie sur son site Vu du droit.

CR


BERRUYER/BERGÉ: LE MONDE BIG BROTHER

Par Régis de Castelnau.

 

Olivier Berruyer est un personnage étonnant. Tout d’abord, à le voir et en comptant large, on lui donnerait 16 ou 17 ans. Mais attention, sur ses compétences le gars est un costaud et il est en plus doté d’une puissance de travail assez phénoménale. Il a un boulot qui le fait vivre, et histoire de se distraire il a monté un site Internet absolument remarquable, qui affiche près de 8 millions et demi de connexions annuelles ! Ceux qui le fréquentent y trouvent une information équilibrée et pluraliste, souvent en provenance de l’étranger, que les grands médias ont renoncé depuis longtemps à nous proposer.

Le problème, c’est que s’il a des idées et surtout des principes, Olivier Berruyer n’est pas politisé et pense que la probité est essentielle dans le travail d’information. Et c’est la raison pour laquelle il est aujourd’hui la cible de ceux qui considèrent que leur mission relève de la propagande au service de leurs propriétaires. À commencer par le journal le Monde, qui fut dans mon jeune temps indiscutablement un quotidien de référence, mais qui depuis la destruction opérée dans les duettistes Colombani et Plenel  il y a plus de 20 ans est devenu l’expression grossière et sans nuance de l’oligarchie.

Avec des compères comme Libération, Radio France, l’AFP, et face à un monde dont ils sentent bien qu’il leur échappe, ils ont décidé de tenter la censure. D’abord et avant tout contre les sites numériques dont la liberté leur fait horreur. Au-delà du fait que l’on apprend, chose absolument sidérante, que ce qui leur tient lieu de journalistes serait invité dans les écoles de la république à enseigner la « vérité », ils auraient passé un accord avec Facebook pour y faire la chasse aux fausses nouvelles ! Leparmentier expliquer ce que doit être la vérité sur l’UE, au secours!

Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est l’installation de leur système «Décodex » qui prenant la suite des pitoyables « décodeurs » a décidé de mettre des notes à leurs concurrents. Ne rentrons pas dans le détail du système, une petite visite du site est assez édifiante.

Olivier Berruyer est une de leurs cibles anciennes, il semble qu’ils aient décidé de lui faire la peau. Alors, clairement défendre le site « les crises » est un impératif, à la fois pour le défendre contre cette agression, mais aussi pour mener un combat pour une liberté d’expression qui a rarement été aussi attaquée.

Par ailleurs l’initiative du Monde pose de sacrés problèmes juridiques, et il faut envisager et engager les ripostes judiciaires que tout cela exige. Concurrence déloyale et dénigrement ne sont pas des méthodes acceptées par le droit français.

En attendant, prendre connaissance des éléments de l’agression dont Olivier Berruyer est la victime. Et le soutenir contre cette tentative de le faire taire.

Quelques liens pour gagner du temps.

http://www.les-crises.fr/quand-le-monde-ressuscite-l-index-de-l-eglise-catholique/

http://www.les-crises.fr/le-decodex-du-monde-decode-du-travail-de-pro/

http://www.les-crises.fr/les-decodeurs-du-monde-naufrage-sur-les-resultats-de-lelection-americaine/

[Scandale] Un FAKE était la source du Monde pour pourrir ma réputation ! (Fake inventé par Bruno Zeni sur LeMonde.fr !)

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