Comment peut-on être de droite ?

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Rétif aux étiquettes, je me suis retrouvé participant à l’université d’hiver de la Droite libre, le cercle de pensée animé par le sympathique Christian Vanneste, sympathique parce que condamné à la mort sociale par le système, mais surtout par son ouverture d’esprit.

Les propos qui y furent tenus sur le relativisme obsessionnel qui anime les « réformes sociétales », sur les libertés menacées par la loi sur les « fake news » et la déclaration de la ministre de la culture (?) – qui se voit déjà en ministre de la vérité – pour qui cette loi est « la garantie de la démocratie », sur la décomposition du système judiciaire, sur la résistance à la subversion islamique, sur l’éducation qui n’est plus nationale mais une machine à décerveler dont la pornographie est devenue l’idéologie officieuse, sur la défense de la famille, l’immigration débridée comme arme de destruction massive de nos systèmes sociaux… Tout cela ne peut retenir que l’accord du citoyen « normal ».relativisme

J’ai grandi dans les mouvements de jeunesse et d’éducation populaire, inspiré de christianisme social et du mouvement ouvrier, où les ouvriers P3 outilleurs CGT – l’aristocratie ouvrière !- qui nous encadraient défendaient la famille comme structure de base, rejetaient vigoureusement les obsessions sexuelles des petits bourgeois – devenus grands depuis, Georges Séguy nous l’avait annoncé – issus de mai 68. Quand on définit le « conservateur » comme quelqu’un qui n’éprouve pas le besoin pathologique de tout changer pour changer mais demande à voir si ce sera mieux ou moins bien, ces militants d’autrefois étaient conservateurs. Ils étaient plus simplement « normaux », ils professaient cette « décence commune » décrite par George Orwell.

Donc, jusque-là, je découvrais que je pouvais être « de droite ». Après tout, pourquoi pas quand la gauche est devenue l’avant-garde de la destruction du système économique et social qui a fait la prospérité et la stabilité de la France, fournit un appareillage intellectuel à la destruction de la liberté de pensée et d’expression, quand elle ne recoure pas aux bandes armées que sont ses pseudos antifas pour tabasser les opposants.

Mais boum patatras, vint la table ronde sur l’économie et nous eûmes droit à tous les poncifs de la droite bête et à un récital de pensée magique : tout vient des déficits dont, bien sûr, les fonctionnaires sont responsables (pas les banques), « y a qu’à » réduire le nombre de fonctionnaires, tout privatiser, promouvoir le libre-échange (encore plus ?), confondant l’Etat et la bureaucratie… un récital compulsif de boucs émissaires dont le sacrifice résoudrait tout. Des propos qui frisèrent l’indécence quand on entendit que le privé gérerait mieux l’hôpital que le public, que le système de santé américain – qui coûte près de 20% du PIB pour une dure de la vie de 8 ans inférieure- est le meilleur. Une personne qui n’a jamais mis les pieds aux urgences et dans un hôpital psychiatrique.

Aucune notion d’histoire économique qui nous apprend que la prospérité des nations européennes s’est fondée sur un Etat stratège fort, créant le cadre d’expansion des entreprises, protectionniste quand il le fallait et utilisant quand il le fallait l’aiguillon de la concurrence. Stratégie que reprennent leur compte des pays d’Asie comme Singapour qui s’inspirent de l’histoire réelle du succès de l’Occident et non des contes de fées qu’il répand dans une stratégie de soft power, que Friedrich List qualifiait de « retrait de l’échelle » pour convaincre les concurrents d’un Occident parvenu au faîte de la puissance de ne pas utiliser les mêmes stratégies pour se développer, et se contenter de n’être qu’un débouché commercial. Aucune connaissance de stratégies de puissance américaines, fondée sur une intervention forte de l’Etat dans le processus d’innovation.

Jean-Claude Michéa a raison de souligner le paradoxe de cette droite qui «vénère le marché tout en maudissant la culture qu’il engendre»

Encore un effort, cher Christian Vanneste, pour que votre droite soit libérée des poncifs du système et devienne réellement crédible !

Claude Rochet

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