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Faut-il baisser le SMIC?

L’attaque révoltante et rétrograde du Medef sur le niveau du SMIC

Par une sinistre ironie de l’histoire, alors même que l’ancienne SEITA vient de décider de fermer une usine française pour délocaliser sa production en Pologne (où les salaires sont cinq fois plus bas), Pierre Gattaz, patron du Medef, prend la suite de Pascal Lamy pour réclamer la création d’emplois payés moins que le SMIC. Une attitude révélatrice de notre époque.
De l’ultra-libéralisme culturel, ou le règne du chacun pour soi
Il est tout de même totalement incroyable que le patron du Medef, Pierre Gataz, ne se soit pas rendu compte qu’il est profondément indécent de demander une baisse du SMIC, d’autant plus que les déclarations dans ce sens du « camarade socialiste » Pascal Lamy il y a quelques jours avaient déclenché une forte colère dans le pays. Comment peut-il demander cela alors que le pouvoir d’achat de la population (et notamment des classes populaires) baisse et que les revenus et la richesse des plus grandes fortunes ne cessent d’augmenter ? Alors que tout le monde commence à comprendre que la montée des inégalités menace notre société, voilà qu’il propose de les augmenter plus encore !
En fait, cette déclaration est un nouvel exemple de tous les travers du néolibéralisme, selon lequel la somme des égoïsmes pourrait produire de l’intérêt général ! Par-delà l’inhumanité profonde de cette idée, même si la marge des entreprises françaises n’est pas au plus haut, la baisse des salaires n’est pas une solution, car, en baissant le pouvoir d’achat des salariés, cela reviendrait à réduire leur consommation et donc le chiffre d’affaire des entreprises. Cela marque un retour aux idées du patronat  le plus rétrograde du 19ème siècle, d’avant Henry Ford, qui avait compris, lui, qu’une bonne rémunération de ses employés était bénéfique à son entreprise, en augmentant in fine la demande pour ses produits.
De l’euro et du libre-échange et leurs conséquences

Mais ce qu’il y a aussi d’intéressant avec cette nouvelle offensive contre le salaire minimum, c’est sa cohérence avec des choix économiques majeurs de notre époque : celui de la monnaie unique européenne et du libre-échange dérégulé. En effet, comme le rapportent de nombreux économistes et même des journalistes des grands médias,le fait d’avoir une même monnaie pour les pays européens pousse à une concurrence sur le niveau des salaires puisqu’il n’est plus possible d’ajuster la compétitivité des pays par la valeur de la monnaie. Il ne faut pas y voir ailleurs la raison de la fermeture des abattoirs Doux et Gad en Bretagne, du fait de la concurrence déloyale allemande, qui utilise des bouchers d’Europe de l’Est, du fait également des règles européennes sur les travailleurs détachés.

Cette annonce donne aussi une perspective intéressante aux négociations sur le traité transatlantique, qui vise à établir un marché unique entre l’Union Européenne et les Etats-Unis. Il est bien évident que dans cette perspective, le grand patronat mondialisé peut penser avoir intérêt à baisser le SMIC en France pour gagner en compétitivité. A posteriori, cela indique également que des protections douanières sont également des protections pour notre modèle social et que le fait de ne pas se protéger commercialement revient à condamner notre mode de vie, et donc le niveau du salaire minimum.

Cette déclaration du patron du Medef est révoltante moralement dans le contexte actuel. Mais elle démontre aussi un recul dans la pensée patronale, qui revient terriblement en arrière, en ignorant tout ce que nous ont appris les dernières décennies. Et parce qu’elle est aussi la conséquence des choix du libre-échange et de la monnaie unique, elle indique aussi la direction à prendre pour ces autres sujets.

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