Les côtés obscurs de la révolution numérique

Par Laurent Herblay

Dans la série des débats qui n’ont pas assez eu lieu pendant cette campagne, après l’Union Européenne, remarquablement disséquée par Coralie Delaume et David Cayla, les conséquences de cette révolution numérique, admirablement bien analysée par Marc Dugain et Christophe Labbé dans « L’homme nu – La dictature invisible du numérique », un livre à lire absolument.

La mise à prix de notre liberté

Ils évoquent « une révolution comparable à celle que provoqua le pétrole (…) cette révolution numérique ne se contente pas de modeler notre mode de vie vers plus d’information, plus de vitesse de connexion, elle nous dirige vers un état de docilité, de servitude volontaire, de transparence, dont le résultat final est la disparition de la vie privée et un renoncement irréversible à notre liberté (…) au profit d’une poignée de multinationales (…) leur intention est de transformer radicalement la société dans laquelle nous vivons et de nous rendre définitivement dépendants » et rappellent que le premier courtier en données numériques, Acxiom, détient des informations détaillées sur 700 millions de personnes !

Ils notent le paradoxe d’avoir des attentats en ayant tant de moyens de surveillance, démontrant qu’ils ne sont qu’un outil parmi d’autres. En outre, à chaque attentat s’ouvre la possibilité de plus de contrôles et de surveillance alors que parallèlement, Internet est devenu le propagateur du terrorisme : « premiers vecteurs à l’échelon mondial de la propagande djihadistes, les big data prétendent dans le même temps apporter l’antidote en collectant massivement du renseignement pour les agences d’Etat (…) une transaction ‘gagnant/gagnant’ ». Pour conclure, on peut ajouter qu’Internet offre un moyen d’expression et même de starification des terroristes, devenus les héros de la Djihad Académie.

Les auteurs rapportent une anecdote de Vincent Bolloré, qui, en sortant de l’avion à San Francisco pour rencontrer Google, avait reçu une annonce pour ses sushi préférés dans un restaurant proche de son hôtel,. Pour eux, « Apple, Microsoft, Google ou Facebook déteinnent 80% des informations personnelles numériques de l’humanité (…) le nouvel or noir ». Pour les auteurs, « nos données numériques ne nous appartiennent pas (…) c’est une partie de nous même qui nous est volée », et leurs ennemis sont les Etats, qui peuvent encore les affronter. Les auteurs notent aussi que Google a créé, avec l’accord du gouvernement, un fond dérisoire de 60 millions pour les média.

Pire, ils rappellent que ces entreprises sont des spécialistes de la désertion fiscale. En 2014, Facebook a ainsi versé au fisc 319167 euros pour des bénéfices estimés à 266 millions, 109 fois moins que les impôts théoriques, grâce à la domiciliation de ses profits européens en Irlande. Ils soulignent également les liens troubles et tous les intérêts croisés entre cette industrie et les Etats-Unis avec le rachat de Gemplus par un fond US lié à la CIA et dénoncent l’impérialisme des Etats-Unis et la grande passivité européenne, qui laisse faire les grandes multinationales étasuniennes sur son territoire. Plus globalement, ils dénoncent l’idéologie libertaire et hyper-avide de toute cette nouvelle économie.

Naturellement, se pose la question du pourquoi nous laissons faire cela. Faisant la comparaison avec 1984, les auteurs soutiennent que « la mise sous cloche (se fait) de manière beaucoup plus subtile et indolore ». Demain je reviendrai sur les conséquences de cette révolution numérique sur les individus.

Suite

Source : « L’homme nu – La dictature invisible du numérique », Marc Dugain et Christophe Labbé, Robert Laffont et Plon

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