Un endroit de rêve pour vos vacances

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Smart cities et mono villes russes

En novembre 2016 s’est tenu à Yekaterinburg le forum sur l’avenir des régions russes où j’ai été invité à présenter mes travaux sur la reconversion des monovilles russes en smart cities comme levier de la transformation de l’économie russe.

Ce forum a permis d’évaluer la maturité de la stratégie de développement russe face aux enjeux globaux qu’elle a à affronter: héritage du passé soviétique, tissu urbain inapproprié, enjeux géopolitiques de construction d’une économie capable de jouer dans la cour des grands. La question urbaine concentre tous ces enjeux.


La Russie hérite de son passé soviétique une structure industrielle qui fut performante à l’ère de la production de masse de la II° révolution industrielle mais handicapante pour entrer dans le nouveau paradigme techno-économique[1]. Une industrie lourde peu axée sur la transformation et la recherche de rendements croissants, une rente de matières premières jusqu’à la crise des sanctions et la baisse du prix du pétrole, voilà autant de facteurs ne favorisant pas la transition de l’économie russe vers l’économie informatisée de la III° révolution industrielle, l’iconomie[2].

Le tissu urbain russe concentre tous ces handicaps, d’autant plus que la population russe est urbanisée à 75%.  Les villes de l’époque soviétique ont été construites sur le principe de mono-industries d’où le nom de monovilles. On compte 335 monovilles en Russie, soit 31% du PIB, regroupant 16 millions d’habitants qui, eux aussi, sont mono qualifiés ce qui handicape la transition[3].  La situation est identique à une ville comme Detroit aux Etats-Unis qui a connu la prospérité à l’âge de l’automobile de la production de masse puis a périclité au point que la seule solution a été d’en réduire le périmètre pour la reconvertir, laissant les parties abandonnées en friche. Autre point commun avec Detroit, ces villes sont souvent des villes-entreprises, dominée par une seule entreprise, liant le destin d’une ville et d’une entreprise.

Ces villes se répartissent sur le territoire russe en fonction des zones d’extraction des minerais et matières premières et des zones industrielles. Ces dernières, éloignées des centres industriels, sont peu connectées aux autres activités et d’autant plus condamnées à la mono activité.

Il en résulte un sérieux handicap pour l’économie russe :

  • Les monovilles ne permettent pas la synergie entre activités économiques, source de rendements croissants, condition d’autant plus nécessaire dans les modèles d’affaires de l’iconomie.
  • Un poids pour les finances publiques, ces villes devant être subventionnées pour survivre. En 2010 le gouvernement russe a mis en place un plan de soutien de 27 milliards de roubles pour 27 monovilles, ce qui n’est qu’un palliatif et non un remède structurel[4].
  • Une dynamique urbaine qui reste à l’écart du mouvement en cours de reconversion des issus urbain en mettant à profit les technologies de l’iconomie.

Ces handicaps spécifiquement russes et anciens sont d’autant plus problématiques que la transition urbaine est un phénomène mondial qui constitue un marché évalué à 350 milliards USD pour les trente prochaines années du fait du développement et de l’urbanisation des pays émergents et du développement des technologies numériques appliqués à la ville.

Le modèle urbain des pays industrialisés est non-durable en ce qu’il ne peut gérer la réduction des atteintes à l’environnement et à son propre capital social et humain et devient un obstacle au développement. Il connaît au moins trois goulots d’étranglement : La consommation d’énergie, la pollution et les couts sociaux (stress, santé, criminalité …) induits par une croissance urbaine dysfonctionnelle. Il faut y ajouter le coût de renouvèlement des infrastructures qui devient considérable sans apporter un mieux au modèle actuel de la ville s’ils sont entrepris à modèle d’affaires constant.

Ces coûts directs pèsent sur la croissance alors qu’ils peuvent être des opportunités d’innovation. Les considérer comme des couts de gestion va entraîner le report des investissements nécessaires, alors que, à minima, si l’on intègre dans le calcul leur impact sur les externalités, l’opération est largement bénéficiaire.

L’association américaine des ingénieurs civils calcule que le manque d’investissement dans la gestion de l’eau se traduit par un surcout pour le monde économique de 147 milliards de dollars et de 59 pour les ménages, qui supporteront à l’horizon 2020 un surcout de 900$ pour le traitement de l’eau. L’investissement requis est de 84 milliards $ qui se traduiraient par une réduction des couts pour les entreprises, la protection de 700 000 emplois, 541 milliards en revenu des ménages, 460 en PIB et 6 en export. Le même calcul a été fait pour la rénovation du réseau électrique et du réseau de transport, les ports, les canaux, les aéroports. Dans tous les cas de figure, le retour sur investissement en impact sur le PIB, les exportations, les emplois et le budget des ménages est appréciable.

Alors que la gestion publique classique raisonne en termes de couts et de dépense publique – dont la réduction est une obsession dans la théorie dominante – la stratégie de transition vers des villes intelligentes doit être considérée comme un investissement dans l’innovation, pour autant que ce concept soit correctement compris et maîtrisé dans sa mise en œuvre.

Les enjeux du développement de villes intelligentes sont ceux de l’industrialisation des pays émergents. La croissance urbaine est liée au développement, à l’industrialisation et va redistribuer les cartes des facteurs de puissance liés au développement urbain vers le Sud et surtout vers l’Est (l’Asie). McKinsey calcule que sur le groupe des 600 plus grandes villes, 380 se trouvent dans des pays développés et contribuent à plus de 50% du PIB mondial en 2007. Les 280 villes situées dans des pays en développement ne contribuent qu’à hauteur de 10% du PIB mondial. En 2025, 136 nouvelles villes seront entrées dans ce groupe des 600, toutes dans les pays émergents dont 100 en Chine, 13 en Inde et 8 en Amérique latine.

La nature de cette croissance va changer de manière assez radicale : alors qu’en 2007, 23 mégacités (plus de 10 millions d’habitants) produisaient 14% du PIB mondial, on trouvera en tête du classement des 600 230 villes de taille intermédiaire (entre 150 000 et 10 millions d’habitants), toutes dans des pays émergents. Contrairement à la perception commune, ce ne sont pas les mégacités qui vont porter la croissance urbaine à l’horizon 2025 : 423 des 600 villes seront des villes intermédiaires des pays émergents qui porteront 45% de la croissance.

La transition des monovilles vers des villes intelligentes concentre tous les enjeux d’une politique d’innovation pour la Russie pour la faire entrer dans le cercle des grands joueurs de l’iconomie, ce qui peut être le cœur d’une politique de contre-sanctions où elle profitera de ce blocus temporaire pour s’industrialiser par l’innovation territoriale et la rénovation urbaine.

La Fédération de Russie est classée 48° parmi les 50 pays à haut revenu du Global Innovation Index 2015, avec des points forts : l’éducation et le niveau scientifique, la production de technologies, et des points faibles : le cadre institutionnel et réglementaire, une transmission insuffisante du savoir scientifique des universités vers les entreprises, et un point très faible : l’accès au crédit. Il résulte de cet environnement une insuffisante dynamique des PME qui sont au cœur de l’innovation, qui trouve sa source dans l’absence de dynamique entrepreneuriale dans la Russie soviétique, qui s’est effondrée durant la période post-soviétique jusqu’en 1998 avec l’effondrement institutionnel de la Russie, mais connaît une reprise handicapée par un cadre institutionnel encore instable et un problème d’accès au crédit qui devrait faire l’objet d’une priorité des politiques publiques[1]. Avec le crédit, la question de la corruption reste préoccupante notamment dans le cadre de l’accueil d’entreprises étrangères pouvant participer au transfert de technologie[2].

Prendre comme axe structurant la transition des monovilles vers des smart cities permettra d’intégrer tous ces aspects dans une politique publique volontariste et de faire de la Russie une grande nation innovante basée sur un développement organique. En ouvrant les marchés de la reconversion des monovilles aux investisseurs occidentaux, dès lors que la Russie aura développé ses compétences d’intégration système – compétences techniques et d’ingénierie, institutionnelles et politiques – les industriels occidentaux de l’iconomie transféreront de facto leurs technologies, comme cela s’est passé dans la stratégie de développement chinoise après 1978. La transformation des monovilles apparaît comme le chantier critique du changement de paradigme de l’économie russe : Rééquilibrage des termes de l’échange par la capacité d’exporter son savoir-faire dans les pays émergents pour y concurrencer l’influence américaine, développement technologique par celui de la capacité d’absorption[3] des technologies de pointe, développement de la formation et des qualifications et développement politique et social comme capabilité[4] essentielle d’un développement organique de l’économie.

[1] Cf Thèse de Madame Anna Khlopova « « Les problèmes de développement des PME en Russie de 1990 à 2012 », EHESS, Paris 2016.

[2] La question de la corruption joue également un rôle géopolitique avec le déploiement des lois extra-territoriales américaines prises en application de la Convention de l’OCDE de 1998 réprimant la corruption dans l’accès aux marchés, permet aux Etats-Unis d’infliger des sanctions très lourdes aux entreprises prises verser des commissions, ce qui peut, comme dans le cas du Français Alstom achetée par GE, amener ces entreprises à passer sous pavillon américain. Toute connaissance d’une pratique de commission sur le territoire russe ou autre par l’administration américaine peut lui permettre de menacer toute entreprise étrangère entrant en affaire avec une entreprise russe des sanctions les plus lourdes, le délit étant caractérisé par le seul fait d’avoir eu connaissance des faits délictueux et de ne pas les rapporter à l’administration américaine et d’y régler une amende transactionnelle, accompagnée de mesure de compliance qui permettent de fait aux services américains d’entrer dans le système d’intelligence économique de la firme. Voir Claude Rochet « Le dispositif américain de lutte contre la corruption (FCPA), une arme d’intelligence économique. » CERGAM Aix Marseille Université et Service d’intelligence économique Ministère économie et des finances, Paris, 2015.

[3] Pour les fondateurs du concept (1990) Cohen et Levinthal il s’agit de « L’aptitude à reconnaître la valeur de l’information nouvelle, à l’assimiler, et à l’appliquer à des fins commerciales […] ». Mais bien au-delà il s’agit de la capacité d’assimiler de la connaissance nouvelle pour résoudre des problèmes. La capacité d’absorption est à la base de l’évolution culturelle et organisationnelle pour acquérir, assimiler, transformer et exploiter de la connaissance nouvelle.

[4] La « capabilité » s’applique à des systèmes et à des processus et identifie une aptitude à l’exécution d’un ensemble de tâches et à l’évolution du système, et la « capacité » s’applique aux individus pour évaluer s’ils sont réellement en capacité de faire au regard des libertés et des compétences dont ils disposent. La maîtrise de la technologie dépend de « capabilités sociales » comme l’a identifié l’économiste Abramovitz (« Catching Up, Forging Ahead, and Falling Behind » Moses Abramovitz Journal of Economic History, Volume 46 ,Issue 2, The Tasks of Economic History (Jun.,1986),385-406) et sont très dépendantes des phénomènes de trajectoires et des interactions entre les divers réseaux au sein d’un territoire et plus encore au sein d’un pôle : réseaux scientifiques, d’enseignement, de télécommunication, de circulation et du cadre institutionnel et réglementaire.

[1] Claude Rochet « Carlota Perez’s contribution to the research program in public management: Understanding and managing the process of creative destruction in public institutions and organizations” in Festchrift in honor of Carlota PerezAnthem Press, London 2007

[2] Claude Rochet et Michel Volle « L’intelligence iconomique : les nouveaux modèles d’affaires de la III° révolution industrielle », De Boeck Université, Louvain 2015.

[3] Kirsanova N.Y., Lenkovets O.M. « Solving monocities problem as a basis to improve the quality of life in Russia ». Life Sci J 2014;11(6s):522-525] (ISSN:1097-8135). http://www.lifesciencesite.com. 109

[4] The World Bank in Russia, Russian Economic Report, 2010

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Après l’élection américaine


 

 L’élection de Donald Trump a été – et est – à nouveau l’occasion du délire des médias mainstream sur le populisme, le racisme et autres fadaises qui restent le seul thème de discours de nos classes dominantes.
Quelle qu’ésotérique que soit la personnalité du nouveau président, le phénomène essentiel de cette élection est le rejet du système Clinton et de ses projets guerriers, notamment envers la Russie. C’est avant tout un rejet de Hillary Clinton et des élites “de gauche” (?!) qui a fait l’élection.

Le parti démocrate a perdu un quantité considérable de voix en comparaison avec l’élection de Obama, et beaucoup d’électeurs de Bernie Sanders, soit se sont abstenus, soit – pour une minorité- ont voté Trump.

Nos bobos ont fait assaut de leur numéro bien rodé d’indignation vertueuse. En France, le ridicule a été atteint par le directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, pour qui l’enjeu de cette élection était la parité homme femme au sein du G7. Et il faut voir les discours de ces élèves de “l’Ecole du Parti” que l’on retrouvera sans doute à la tête de France Inter et des autres organismes de propagande que sont devenus les médias publics. Un condensé de conformisme déguisé en indignation vertueuse qui en dit long sur l’état de nos “élites”, leur déconnexion du monde réel et leur inquiétante et absurde prétention.

La question de la guerre, en Syrie, contre la Russie, le soutien aux interventions militaires des Etats-Unis de l’ère Obama a donc été un facteur important de rejet du clan Clinton et du complexe politico financiaro mediatico industriel qui la soutient. Cette ligne de démarcation va bien au-delà de la classique et artificielle division, pour le spectacle, entre “démocrates” et “républicains”: on voit ainsi les néo-conservateurs – les néocons – du parti républicain défendre le principe d’une guerre préventive contre la Russie maintenant, et notamment McCain (ex-candidat républicain contre Obama) s’opposer férocement à Trump et à sa volonté de paix avec la Russie de Poutine, tandis que l’on voir Ron Paul, libertarien leader du tea party, défendre l’option de la paix au nom de la réduction du gaspillage des deniers publics au seul profit du complexe militaro-industriel. Tandis que Bernie Sanders comprend les raisons de l’élection de Trump et du rejet de Clinton et lui offre de travailler avec lui, si les options progressistes qu’il a affichées durant sa campagne ce qui confirmaient… ce qui n’est pour l’instant pas le cas avec la nomination de Steve Bannon. Le jeu est donc très ouvert et l’indignation des ligues de vertu n’a qu’un seul but: masquer cet enjeu fondamental.

Il ne s’agit en aucun cas “d’un vote des petits blancs racistes” comme le rapporte la presse bien pensante: voir l’analyse de Emmanuel Todd. Par contre, cela confirme les analyses faites tant par Saskia Sassen aux Etats-Unis que par Christophe Guilly en France sur la fracture introduite par la ville globalisée, avec ses riches aux centre de la métropole, son anneau d’immigrés pour fournir à la classe dominante son lot de travailleurs low-cost, et les classes moyennes et l’ancienne classe ouvrière abandonnées à leur sort et traitées de fascistes, racistes et autres absurdités.

Revenons aux choses sérieuses: Que va faire ce président énigmatique, qui a – au-delà de propositions folkloriques, soulevé la question du libre-échange et de la politique industrielle?  Va-t-il résister à la pression des lobbies, va-t-il tenir ses positions sur la question fondamentale du libre-échange?

Jacques Sapir fait ici le point: Lisez, regardez et écoutez (et laisser tomber The Monde, par pitié!)

CR


 Par Jacques Sapir, le 16 novembre 2016

Je recevais hier, mardi, dans les Chroniques de Jacques Sapir, sur Radio-Sputnik deux économistes, Philippe Béchade et Cyrille Collet, pour parler du programme économique de Donald Trump.

Le candidat Donald Trump a beaucoup promis en matière économique. Le nouveau président pourra-t-il appliquer ces promesses ? Jacques Sapir en débat avec Philippe Béchade, macroéconomiste chez AGORA et membre fondateur des Econoclastes et Cyrille Collet, directeur de la gestion actions chez CPR Asset Management.

Le candidat républicain a remporté la victoire sur Hillary Clinton en misant sur la colère de la classe moyenne américaine. Qu’il s’agisse du TAFTA, de l’immigration, du renouveau des infrastructures, Donald Trump sera bientôt confronté à des choix décisifs pour l’avenir de sa nation.

Un programme économique qui paraît contradictoire notamment sur la politique budgétaire, où il préconise de grandes dépenses tout en supprimant un certain nombre d’impôts. Cyrille Collet considère que les orientations économiques majeures du nouveau locataire de la Maison-Blanche se résument à ce trio :

 « Impôts, déréglementation, accords commerciaux. »

L’axe majeur des futures négociations internationales ? Pour Philippe Béchade, les relations entre les États-Unis et leur premier créancier, la Chine, seront décisives pour les marchés.

                  

 

 

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Bezard, vous avez dit Bezard ?

Noblesse n’oblige plus!

Ce monsieur a été présenté, à juste titre d’ailleurs, comme un brillant produit de la méritocratie républicaine. Gros bosseur, excellent dans la mécanique administrative, un pays a besoin de grands commis de ce type. Mais cela doit-il se faire aux dépens de l’éthique, la capacité de discerner les bonnes et mauvaises décisions au regard de valeurs et d’objectifs stratégiques? Les belles machines que produisent nos grandes écoles forment des belles machines, de moins en moins compétentes car elles ne sont plus guidées par des stratégies de politiques publiques du fait de la capitulation du politique devant les idéologies qui réduisent la politique à la gestion et nient l’Etat nation comme le néolibéralisme, mais uniquement par la logique de carrière et l’optimisation de leur propre intérêt, comme prôné par le new public management, application du néolibéralisme dans le secteur public. Pour la noblesse d’Etat qui a été, quoi qu’on en dise, un acteur essentiel de la reconstruction de la France durant les Trente glorieuses, noblesse obligeait. Cela s’appliquait tant à sa gestion quotidienne qu’à ses choix personnels de carrière.

A l’ère de l’individualisme absolu, de la recherche maximale du gain, de l’efficience (et non plus de l’efficacité), noblesse n’oblige plus.

J’ai publié ce papier sous un pseudo en mai 2016 dans Boulevard Voltaire, car je n’ai été libéré de mon devoir de réserve que le 1° juillet par mon départ en retraite.

 CR


 

Bruno Bezard, ce nom vous était inconnu à ce jour, et nul doute que son titulaire aurait souhaité qu’il le restât. Jusqu’au 20 juin il est directeur général du Trésor et a dirigé l’Agence des participations de l’Etat et avait donc la haute vue sur tous les leviers de pouvoir des entreprises. Eh bien, on apprend que ce monsieur va passer avec armes et bagages au service des Chinois. Il va rejoindre le Fonds Cathay capital de M. Mingpo Cai, avec pour mission de créer « un nouveau véhicule d’investissement pour financer en fonds propres les entreprises européennes et asiatiques ». Quand on sait l’incapacité de l’Etat actuel à doter les PME innovantes qui portent l’innovation technologique française, on comprend l’enjeu. 

Mingpo Cai, un parcours édifiant : Etudiant à l’Université d’Orléans, parti – selon la belle histoire – « de rien », il est devenu le patron d’un fonds d’investissement de 1,2 milliard d’euros. Parmi ses prises, on compte la marque de linge de maison Yves Delorme, les salons de coiffure Jacques Dessange ou l’industriel Hologram Industries. Le fonds cible dorénavant les start-up, en plus des PME.  Il a récemment lancé le fonds Cathay Capital Innovation, destiné à prendre des participations dans 12 à 18 sociétés innovantes, basées principalement en France et en Chine.

Une belle réussite dont on ne saurait lui faire grief et une stratégie cohérente : Un Chinois qui sert la Chine, c’est normal et naturel. Il l’a d’ailleurs clairement déclaré en 2010 “Français, si vous ne vous imposez pas sur le marché chinois, les Chinois viendront vous concurrencer sur votre marché domestique.” Et de se féliciter de la qualité innovante des entreprises françaises, nos fameuses pépites sur lesquelles il a des vues. Normal. Mais un Français (enfin, un haut fonctionnaire) qui sert la France est une denrée beaucoup plus rare. Les fonds de Cathay Capital viennent à 40% d’institutionnels, la plupart français comme la Caisse des dépôts. 70% des fonds investis en France le sont dans des PME ayant des projets de croissance internationale, notamment la Chine. Et 30% sont investis en Chine et consacrés plutôt à l’industrie. Un Fonds franco-chinois genre pâté cheval alouette, donc, ou de l’argent français pour financer les investissements chinois !

Mais comment notre Bezard peut-il ainsi passer avec armes et bagages chez un concurrent ? Avant de partir dans le privé, tout fonctionnaire à responsabilité doit passer devant une commission de déontologie qui se prononce sur la compatibilité de ses nouvelles activités avec les anciennes pour détecter tout conflit d’intérêt. Un simple cadre supérieur qui prend sa retraite et veut continuer à exercer ses talents à titre libéral doit consulter ladite commission qui impose généralement un délai de 5 ans pour que les informations possédées par le partant soient obsolètes. Notre homme doit en outre être habilité secret défense : il est donc aussi astreint pendant 5 ans après son départ à ne révéler aucune information classifiée.

Or, ladite commission n’a rien trouvé à redire à ce départ ! une commission composée de deux magistrats de la Cour des Comptes, deux magistrats de l’ordre judiciaires et deux personnalités qualifiées que l’on va chercher dans le stock des préfets hors cadre en mal d’activité.

L’intelligence économique chinoise passe – à juste titre – pour être très pointue et cibler les pépites des pays étrangers. Et elle le fait très bien. Il paraît que Bercy a un nouveau service d’intelligence économique tout neuf, chargé d’identifier les entreprises stratégiques françaises objets de convoitises. Or, il semblerait qu’il n’ait pas été consulté.

La France trahie par ses élites ? Comme c’est Bezard….

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Le néolibéralisme, la source de nos problèmes

Ce texte a été publié dans The Guardian et fournit une analyse crue du rôle et de la nature du néolibéralisme. Doctrine fondée en 1938 au colloque Walter Lippmann à Paris pour rénover la pensée libérale, dont le récit a été fait par François Denord, il entendait, pour certains participants, remédier à la dérive du libéralisme classique vers le libéralisme manchestérien du “laisser-faire”.  Le libéralisme classique du XVIII° et XIX° siècle n’entendait pas rejeter le principe de l’existence de la société et d’une forme de justice sociale et ne voyait pas dans “le marché” une puissance démiurgique capable de réguler le fonctionnement optimale de toute société. Les libéraux classiques comme Adam Smith entendaient souligner l’importance de la liberté individuelle face à une tradition politique héritée de l’Ancien régime qui ne reconnaissait que les libertés collectives (les villes, les corporations) ou aucune. Ils étaient patriotes  et ne niaient pas le rôle de l’Etat comme je l’ai montré dans mes travaux d’histoire économique. Parmi les premiers néolibéraux figurent des gens très respectables comme Jacques Rueff (qui participa au colloque Lippmann) ou encore Karl Popper, épistémologue peu porté sur l’économie, qui participa à la Fondation de la Société du Mont Pèlerin surtout par amitié avec Friedrich Hayek qui l’avait soutenu dans une période difficile et avec qui il partageait une communauté de recherche scientifique sur le rôle de la connaissance dans le développement.

Ce texte montre comment le libéralisme a bien joué son coup et offert une théorie de remplacement au moment ou le keynésianisme a montré ses limites, et plus encore avec l’effondrement du marxisme. Il souligne à juste titre la nécessité d’une théorie de remplacement face à l’échec manifeste du néolibéralisme. La leçons de l’effondrement de l’URSS est que l’effondrement d’une doctrine ne laisse place spontanément à aucune doctrine: penser la théorie du développement et de la régulation de la société qui puisse conjuguer liberté individuelle et sens du bien commun est une tâche ardente de l’heure.

Merci à Coralie Deleaume d’avoir diffusé la traduction française de ce texte.

CR


Imaginez que  le peuple  de l’Union soviétique n’ait jamais entendu parler du communisme. Et bien pour la plupart d’entre nous, l’idéologie qui domine nos vies n’a pas de nom.  Parlez-en au cours d’une  conversation et vous obtiendrez en retour un haussement d’épaules. Même si vos auditeurs ont entendu le terme auparavant, ils auront du mal à le définir. Le « néolibéralisme » : savez-vous seulement ce que c’est ?
 
Son anonymat est à la fois un symptôme et la cause de sa puissance. Il a joué un rôle déterminant dans un très grand nombre de crises : la crise financière de 2007-2008, la délocalisation de la richesse et de la puissance, dont les Panama Papers nous offrent à peine un aperçu, le lent effondrement de la Santé publique et de l’Éducation, la résurgence du phénomène des enfants pauvres, l’épidémie de solitude, le saccage des écosystèmes, la montée de Donald Trump. Mais nous traitons ces crises comme si chacune émergeait de manière isolée, ne voyant pas qu’elles ont toutes été générées ou exacerbées par la même philosophie cohérente, une philosophie qui a – ou avait – un nom. Quel plus grand pouvoir que de pouvoir se déployer de manière anonyme ?
 
Le néolibéralisme est devenu à ce point omniprésent que nous ne le reconnaissons même pas comme une idéologie. Nous semblons accepter l’idée que cette foi utopique millénariste relève en fait d’une force neutre, une sorte de loi biologique, comme la théorie de l’évolution de Darwin. Pourtant, cette philosophie a bel et bien surgi comme une tentative consciente de remodeler la vie humaine et de modifier les lieux d’exercice du pouvoir.
 
Le néolibéralisme considère la concurrence comme la caractéristique principale des relations humaines. Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs, dont les prérogatives démocratiques s’exercent essentiellement par l’achat et la vente, un processus qui récompense le mérite et sanctionne  l’inefficacité. Il soutient que « Le marché » offre des avantages qui ne pourraient jamais être atteints par quelque type de planification que ce soit. 
 
Les tentatives visant à limiter la concurrence sont considérées comme des dangers pour la liberté. L’impôt et la réglementation sont considérés comme devant être réduits au minimum, les services publics comme devant être privatisés. L’organisation du travail et la négociation collective par les syndicats sont dépeints comme des distorsions du marché qui empêchent l’établissement d’une hiérarchie naturelle entre les gagnants et les perdants. L’inégalité est rhabillée en vertu : elle est vue comme une récompense de l’utilité et un générateur de richesses, lesquelles richesses ruisselleraient vers le bas pour enrichir tout le monde. Les efforts visant à créer une société plus égalitaire sont considérés comme étant à la fois contre-productifs et corrosifs moralement. Le marché est supposé garantir que chacun obtienne ce qu’il mérite.
 
Or nous intériorisons et reproduisons ces croyances. Les riches se persuadent qu’ils ont acquis leur richesse par le mérite, en ignorant les avantages – tels que l’éducation, l’héritage et la classe d’origine – qui peuvent avoir contribué à son obtention. Les pauvres tendent à se blâmer pour leurs échecs, même quand ils ne peuvent guère changer leur propre situation.
 
Peu importe le chômage structurel : si vous ne disposez pas d’un emploi, c’est parce que vous n’êtes pas entreprenant. Peu importe les coûts invraisemblables du logement : si votre compte bancaire est vide, c’est que vous êtes irresponsable et imprévoyant. Peu importe que vos enfants n’aient plus de terrain de jeu : s’ils deviennent gras, c’est de votre faute. Dans un monde régi par la concurrence, ceux qui échouent sont vus et s’auto-perçoivent comme perdants.
 
Paul Verhaeghe montre les conséquences de tout ceci  dans son livre What About Me ? : épidémies d’automutilation, troubles alimentaires, dépression, solitude, angoisse de la non-performance et phobie sociale. Il n’est pas surprenant que la Grande-Bretagne, où l’idéologie néolibérale a été appliquée le plus rigoureusement, soit la capitale de la solitude de l’Europe. Nous sommes tous d’authentiques néolibéraux à présent. 
 
***
 
Le terme « néolibéralisme » a été inventé lors d’une réunion à Paris en 1938. Deux délégués, Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, ont alors défini les contours de cette idéologie. Tous deux exilés d’Autriche, ils considéraient  la social-démocratie, illustrée par le New Deal de Franklin Roosevelt aux États-Unis et par le développement progressif du welfare en Grande-Bretagne, comme les manifestations d’un collectivisme de même nature que le nazisme et le communisme.
 
Dans La Route de la servitude, publié en 1944, Hayek a notamment souligné que toute forme de planification par un gouvernement conduisait inexorablement, en écrasant l’individualisme, à un contrôle social de type totalitaire. Tout comme Bureaucratie, le livre de Mises, La Route de la servitude a été énormément lu. Il a notamment attiré l’attention de certains très riches, qui ont vu dans cette philosophie une occasion de se libérer de la réglementation et de l’impôt. Lorsqu’en 1947, Hayek fonde la première organisation de promotion de la doctrine du néolibérale – la Société du Mont Pelerin – il est soutenu financièrement par des millionnaires et par leurs fondations.
 
Avec leur aide, il commence à créer ce que Daniel Stedman Jones décrit dans Les  Maîtres de l’Univers comme « une sorte d’Internationale néo-libérale » : un réseau transatlantique d’universitaires, d’hommes d’affaires, de journalistes et de militants. Les riches bailleurs de fonds du mouvement financent une série de groupes de réflexion pour affiner et promouvoir l’idéologie. Parmi eux, l’American enterprise Institute, la Heritage foundation, le Cato institute, l’Institut des affaires économiques, le Centre des études politiques et l’Institut Adam Smith. Ils financent également des postes et des départements universitaires, en particulier dans les universités de Chicago et de la Virginie.
 
En évoluant, le néolibéralisme est devenu plus virulent. L’idée de Hayek que les gouvernements devraient réglementer la concurrence pour empêcher la formation des monopoles a cédé la place – chez les apôtres américains comme Milton Friedman – à la croyance que la situation monopolistique pourrait être considéré comme une récompense de l’efficacité.
 
Quelque chose d’autre s’est produit au cours de cette transition : le mouvement a perdu son nom. En 1951, Friedman était heureux de se décrire comme un néolibéral. Mais peu après, le terme a commencé à disparaître. Plus étrange encore, alors même que l’idéologie devenait plus nette et le mouvement plus cohérent, le nom effacé n’a été remplacé par aucun substitut.
 
Dans un premier temps, en dépit du financement somptueux de sa promotion, le néolibéralisme est resté en marge. Le consensus d’après-guerre était quasi universel : les prescriptions économiques de John Maynard Keynes étaient largement appliquées, le plein emploi et la réduction de la pauvreté étaient des objectifs communs aux États-Unis et à une grande partie de l’Europe occidentale, les taux d’imposition supérieurs étaient élevés et les gouvernements  cherchaient avant tout des résultats sociaux, en développant de nouveaux services publics et des filets de sécurité.
 
Mais dans les années 1970, lorsque les politiques keynésiennes ont commencé à tomber en désuétude et que les crises économiques ont frappé des deux côtés de l’Atlantique, les idées néolibérales ont commencé à s’infiltrer dans le grand public. Comme le faisait remarquer Friedman, « lorsque le moment s’est présenté de changer d’orientation … il y avait une alternative toute prête qui attendait ». Avec l’aide de journalistes sympathisants et de conseillers politiques, des éléments du néolibéralisme, en particulier ses prescriptions dans le domaine de la politique monétaire, ont été adoptés par l’administration de Jimmy Carter aux États-Unis et par le gouvernement de Jim Callaghan en Grande-Bretagne.
 
Après que Margaret Thatcher et Ronald Reagan eurent pris le pouvoir, le reste suivit : réductions d’impôts massives pour les riches, écrasement des syndicats,  déréglementation, privatisations, externalisation, concurrence dans les services publics. Grâce au  FMI, à la Banque mondiale, au traité de Maastricht et à l’Organisation mondiale du commerce, les politiques néolibérales ont été imposées – souvent sans le consentement démocratique des populations – dans une grande partie du monde. Le plus remarquable a été leur adoption par les partis qui appartenaient autrefois à la gauche : le Labour et les Démocrates, par exemple. Comme le fait remarquer Stedman Jones, « il est dur d’imaginer aucune autre utopie qui ait été aussi pleinement réalisée ». 
 
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Il peut sembler étrange qu’une doctrine glorifiant le choix individuel et la liberté ait été promue avec le slogan « il n’y a pas d’alternative ». Mais, comme Hayek l’a fait remarquer lors d’une visite au Chili de Pinochet – l’une des premières nations où le programme néolibéral a été complètement appliqué – « ma préférence personnelle penche vers une dictature libérale plutôt que vers un gouvernement démocratique dénué de libéralisme ». La liberté que le néolibéralisme offre et qui semble si séduisante lorsqu’elle est exprimée en termes généraux, signifie la liberté pour le brochet, et non pour les vairons.
 
La liberté syndicale et la négociation collective signifie la liberté d’amputer les salaires. La liberté de la réglementation signifie la liberté d’empoisonner les rivières, de mettre en danger les travailleurs, d’imposer des tarifs iniques d’intérêt et de concevoir des instruments financiers exotiques. La liberté de l’impôt signifie la liberté de s’extraire de la redistribution des richesses qui permet de sortir des gens de la pauvreté. 
 
Comme le montre Naomi Klein dans La théorie du choc, les théoriciens néolibéraux ont préconisé d’utiliser les crises pour imposer des politiques impopulaires pendant que les gens étaient distraits comme, par exemple, à la suite du coup d’État de Pinochet, de la guerre en Irak et de l’ouragan Katrina, que Friedman a décrit comme « une occasion de réformer radicalement le système éducatif » à la Nouvelle Orléans.
 
Lorsque les politiques néolibérales ne peuvent pas être imposées directement aux pays en interne, elles le sont au niveau international, par le biais des traités commerciaux incorporant des ISDS ( juridictions privées ad hoc dédiées au règlement des différends investisseur-État : voir à ce sujet une longue interview sur le TAFTA ici ) qui peuvent faire pression pour supprimer des protections sociales et des législations environnementales. Lorsque les Parlements de certains États ont par exemple voté pour restreindre les ventes de cigarettes, protéger l’approvisionnement en eau des compagnies minières, geler les factures d’énergie ou empêcher les firmes pharmaceutiques de voler l’état, des multinationales ont attaqué les États concernés au tribunal, souvent avec succès. La démocratie se réduit ainsi à un théâtre.
 
Un autre paradoxe du néolibéralisme est que la concurrence universelle repose sur la quantification universelle et la comparaison. Le résultat est que les travailleurs, les demandeurs d’emploi et les services publics de toute nature sont soumis à un ergotage procédurier, étouffant le régime d’évaluation et de surveillance, afin d’identifier les « gagnants » et de punir les « perdants ». La doctrine que Von Mises avait proposée pour nous libérer du cauchemar bureaucratique de la planification en a plutôt fabriqué un.
 
Le néolibéralisme n’a pas été conçu comme un self-service à visée d’extorsion, mais il en est rapidement devenu un. La croissance économique a été nettement plus lente dans l’ère néolibérale (depuis 1980 en Grande-Bretagne et aux États-Unis) qu’elle ne l’était dans les décennies précédentes, sauf pour les très riches. L’inégalité dans la distribution des revenus et la répartition des richesses, après 60 années de résorption, a augmenté rapidement depuis, en raison de l’écrasement des syndicats, des réductions d’impôt, de la hausse des loyers, des  privatisations et de la dérégulation. 
 
La privatisation ou la marchandisation des services publics tels que l’énergie, l’eau, les trains, la santé, l’éducation, les routes et les prisons a permis aux entreprises de mettre en place des péages, des loyers ou des dépôts de garantie, payables par les usagers par les gouvernements. 
 
Au bout du compte, ces rentes ne sont ni plus ni moins que des revenus du capital, désignés d’une autre façon. Lorsque vous payez un prix artificiellement gonflé pour un billet de train, seule une partie du prix sert à rémunérer les opérateurs, les dépenses d’énergie, les salaires ou l’amortissement du matériel roulant. Le reste, c’est ce qu’on vous ponctionne. 
 
Ceux qui possèdent et dirigent les services privatisés ou semi-privatisés du Royaume-Uni amassent des fortunes prodigieuses en investissant peu et en facturant cher. En Russie et en Inde, les oligarques ont acquis des actifs de l’État à des prix dérisoires. Au Mexique, Carlos Slim a obtenu le contrôle de presque tous les services de téléphonie, et il est rapidement devenu l’un des hommes les plus riches du monde. 
 
La financiarisation, comme le note Andrew Sayer dans Why We Can’t Afford the Rich, a eu un impact similaire. « Comme la rente », soutient-il, « l’intérêt est… un  revenu du capital obtenu sans aucun effort ». Comme les pauvres deviennent plus pauvres et les riches plus riches, les riches acquièrent de plus en plus le contrôle d’un autre outil essentiel : la monnaie. Le paiements d’intérêt, à une écrasante majorité, permet un transfert financier des pauvres vers les riches. Comme les prix de l’immobilier et le retrait de l’État pèsent sur les personnes endettées (exemple : le remplacement des bourses d’études par des prêts aux étudiants), les banques et leurs dirigeants s’enrichissent à leur détriment.
 
Selon Sayer, les quatre dernières décennies ont été marquées par un transfert de richesse non seulement des pauvres vers les riches, mais également parmi les riches, depuis ceux qui gagnent de l’argent en fournissant de nouveaux produits ou services vers ceux qui en gagnent en contrôlant les actifs existants, en récoltant des loyers, des intérêts ou des gains de capital. Le revenu acquis a été supplanté par les revenus du capital non acquis. 
 
Mais partout, les politiques néolibérales se heurte à des défaillances du marché. Les banques sont devenues « too big to fail », et des sociétés privées sont désormais chargées de fournir les services publics. Comme souligné par Tony Judt, le raisonnement d’Hayek a omis le fait que les services publics vitaux n’avaient pas le droit  de s’effondrer, ce qui signifie que la concurrence ne peut pas suivre son libre cours. Dès lors, le monde du business prend les profit les bénéfices, mais les États conservent les risques.
 
Or plus l’échec apparaît comme grand, plus l’idéologie se radicalise. Les gouvernements utilisent les crises du néolibéralisme lui-même pour l’approfondir, s’en servant comme occasion de réduire les impôts, de privatiser les services publics restants, d’agrandir les trous dans les filets de sécurité sociale, de déréglementer les sociétés et de re-réglementer les citoyens. La haine de soi de l’État plante maintenant ses crocs dans l’ensemble des services publics. 
 
L’effet le plus dangereux du néolibéralisme ne réside peut-être pas les crises économiques mais les crises politiques qu’il génère. Dans la mesure où le domaine de l’État se réduit, notre capacité à changer le cours de nos vies par le vote se réduit également. A la place, la théorie néolibérale affirme que les gens peuvent exercer leur liberté choix en orientant leurs dépenses. Mais certains ont plus à dépenser que d’autres : dans la grande démocratie du consommateur ou de l’actionnaire, un vote n’équivaut pas à un autre vote. Le résultat est une déresponsabilisation des pauvres et de la classe moyenne. Comme les partis de droite et de l’ex-gauche adoptent des politiques néolibérales similaires, la déresponsabilisation tourne à la privation effective des droits. Un grand nombre de personnes ont été exclues de fait du débat politique. 
 
Chris Hedges note que « les mouvements fascistes s’appuient sur une base constituée non non  des actifs mais des inactifs politiques, des « perdants » qui  sentent, souvent à raison, qu’ils n’ont aucune voix ni aucun rôle à jouer ». Lorsque le débat politique ne s’adresse plus à lui, le peuple devient sensible aux slogans, symboles et sensations qui le remplacent. Pour les admirateurs de Trump, par exemple, les faits et les arguments semblent sans importance.
 
Judt explique pour sa part que lorsque le maillage épais des interactions normales entre les individus et l’État se réduit à l’exercice de l’autorité et à l’obéissance, la seule force qui nous reste et nous lie est le pouvoir décuplé de l’État. Le totalitarisme que Hayek craignait tant est plus susceptible de voir le jour dans une situation où les gouvernements ayant perdu l’autorité morale qui découle de la fourniture des services publics, sont réduits à « cajoler, menacer et finalement contraindre les gens à leur obéir ». 
 
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Tout comme le communisme, le néolibéralisme est une sorte de Dieu déchu. Mais la doctrine zombie continue sa route en bringuebalant. L’une des principales raisons est son l’anonymat, ou plutôt une série de choses qu’on omet de nommer. 
 
Des bailleurs de fonds invisibles maintiennent en vie la doctrine invisible de la main invisible. Lentement, très lentement, nous commençons à découvrir l’identité de quelques-uns d’entre eux. Nous constatons que l’Institut des affaires économiques, qui s’est opposé avec force dans les médias à  toute nouvelle réglementation de l’industrie du tabac, a été secrètement financé par la British American Tobacco depuis 1963. Nous découvrons que Charles et David Koch, deux des hommes les plus riches le monde, ont fondé l’institut qui a lui-même mis sur pied le mouvement Tea Party. Nous constatons que Charles Koch, en fondant  l’un de ses groupes de réflexion, avait  noté que « dans le but d’éviter les critiques indésirables, la façon dont l’organisation est contrôlée et dirigée ne doit pas être largement diffusée ».
 
Les concepts utilisés par le néolibéralisme dissimulent souvent plus qu’ils ne désignent. « Le marché » sonne comme un phénomène naturel, tout comme pourraient l’être comme la gravité ou la pression atmosphérique. Mais il se heurte à des relations de pouvoir. Ce que « le marché veut » tend à signifier « ce que les entreprises et leurs patrons veulent » Le terme « investissement », comme le note Sayer, peut désigner deux choses très différentes. La  première est le financement d’activités productives et socialement utiles. La deuxième est le simple achat d’actifs existants pour percevoir des intérêts, des dividendes et des gains en capital. En utilisant le même mot pour différentes activités, on « camoufle les sources de richesse », ce qui conduit à confondre la création de richesse et la ponction opérée sur la richesse. 
 
Il y a un siècle, les nouveaux riches étaient décriés par ceux qui avaient hérité leur argent. Les entrepreneurs ont cherchaient la reconnaissance sociale en se faisant passer pour des rentiers. Aujourd’hui, la relation a été inversée: les rentiers et les héritiers se présentent comme entrepreneurs. Ils prétendent avoir gagné leur revenu qui n’est que prélevé. 
 
Cette confusion verbale s’ajoute à l’absence de nom et de lieu qui caractérise le capitalisme moderne, et le modèle de la franchise qui garantit que les travailleurs ne savent pas pour qui ils triment. Certaines entreprises sont enregistrées à travers un réseau de régimes offshore si complexe que même la police ne peut pas en découvrir les véritables propriétaires. Des montages fiscaux embobinent les gouvernements. Des produits financiers sont créés, si complexes que personne n’y comprend rien.
 
L’anonymat du néolibéralisme est jalousement protégé. Ceux qui sont influencés par Hayek, Mises et Friedman ont tendance à rejeter le terme, clamant – non sans justesse – qu’il n’est aujourd’hui utilisé que de façon péjorative. Mais ils ne nous proposent aucun terme substitutif. Certains se décrivent comme libéraux ou libertaires classiques, mais ces descriptions sont à la fois trompeuses et curieusement dissimulatrices, comme si elles suggéraient qu’il n’y a rien de nouveau depuis la La Route de la servitudeBureaucratie ou le travail classique de Friedman Capitalisme et liberté.
 
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On doit bien convenir qu’il y a quelque chose de remarquable dans le projet néolibéral, du moins tel qu’il existait à ses débuts. Il constituait une philosophie innovante promue par un réseau cohérent de penseurs et de militants ayant un plan d’action clair. Il était patient et persévérant. La route de la servitude est devenue la voie vers le pouvoir.
 
Le triomphe du néolibéralisme reflète d’ailleurs l’échec de la gauche. Lorsque l’économie du laissez-faire a conduit à la catastrophe en 1929, Keynes a conçu une théorie économique globale pour la remplacer. Lorsque la formule keynésienne de relance par la demande a atteint ses limites dans les années 70, une alternative était prête, le néolibéralisme. Mais lorsque celui-ci a semblé s’effondrer en 2008 il n’y avait … rien. Voilà pourquoi le zombie continue de marcher. La gauche n’a produit aucun nouveau cadre général de la pensée économique depuis 80 ans.
 
Chaque invocation de Lord Keynes est un aveu d’échec. Proposer des solutions keynésiennes aux crises du XXI° siècle revient à ignorer trois problèmes évidents: il est difficile de mobiliser les gens sur de vieilles idées; les défauts du keynésianisme révélés dans les années 70 n’ont pas disparu; surtout, les keynésiens n’ont rien à dire au sujet d’une préoccupation nouvelle et de première importance : la crise environnementale. Le keynésianisme fonctionne en stimulant la demande des consommateurs pour promouvoir la croissance économique. La demande des consommateurs et la croissance économique sont les moteurs de la destruction de l’environnement.
 
Ce que l’histoire des deux doctrines, keynésianisme et du néolibéralisme, démontre, c’est qu’il ne suffit pas de s’opposer à un système à bout de souffle. Il faut aussi proposer une alternative cohérente. Pour le Labour, les Démocrates et les plus à gauche, la tâche centrale devrait être de développer une sorte de « programme économique Apollo », c’est à dire de concevoir un nouveau système de pensée, adapté aux exigences d’aujourd’hui. 

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La démocratie directe, coeur de la ville intelligente

Si la “participation des citoyens” est à la mode dans le discours général sur les “smart cities“, il ne s’agit généralement que d’une participation cosmétique, une crise sur un gâteau technocratique qui a besoin de rafraîchir son aspect.

Je montre ici que la démocratie directe – qui n’est pas la participation des citoyens dans une pseudo “démocratie représentative”  qui n’est démocratie que pour les représentants qui mettent en scène leur jeu de pouvoir dans un concours de beauté permanent – est la condition substantielle pour qu’une ville intelligente puisse vivre.

Plusieurs raisons à cela:

  • Les villes intelligentes du passé (les villes médiévales dont Lewis Mumford décrit le fonctionnement) étaient régies par des systèmes variés de démocratie directeur permettait leur évolution organique. Un système organique contient son propre code génétique et se gouverne lui-même, est conçu sans architecte central. Ces villes connaissaient la démocratie directe: Sienne (illustrée par la fresque d’Ambrogio Lorenzetti sur “les effets du bon gouvernement”), Florence, Venise, Novgorod, les villes marchandes en général, la Hanse.
  • La démocratie directe est indispensable à un fonctionnement organique de la ville intelligente pour au moins trois raisons:
    • La nécessaire intégration de l’utilisateur final dans le processus d’innovation de l’iconomie, constat déjà ancien dont Eric Von Hippel a défini la dynamique, où il est non seulement utilisateur mais aussi, et de plus en plus surtout, producteur d’information et de données, ce que l’on regroupe sous le concept de “prod-user“.
    • Le contrôle politique indispensable sur le code des logiciels et surtout sur le traitement des données dans le monde des big data.
    • La ville intelligente, comme écosystème complexe, est un système turbulent qui doit être résilient, ce qui suppose des interactions rapides et riches en son sein, qui ne peuvent fonctionner dans un système centralisé. Le rôle du centre est de concevoir cette architecture de communication structurée de point à point, non de l’assurer.

J’ai présenté ces points dans cette intervention au SmartCity Expo de Casablanca, le 18 mai 2016:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Depuis toujours, Jean-Claude Michéa n’a eu de cesse précisément d’analyser les concepts et les «étiquettes» utilisés par commodité et peu à peu vidés de leur sens Lire la suite […]

L’homme est-il une machine à calculer?

Extrait de Politiques publiques, de la stratégie aux résultats Dans un article de 1994 qui allait être jusqu’à une période récente la synthèse du courant dominant, The Nature of Man[i], Michael Jensen, Professeur de finances à Harvard et apôtre de l’idée selon laquelle les dirigeants doivent être payés en fonction de la progression des cours Lire la suite […]

Les limites de la concurrence : éléments de théorie

Par Jacques Sapir Ce texte a été écrit à la demande du Ministère de l’Économie en août 2008. Il s’agissait de fournir un argumentaire au gouvernement français à la suite de l’échec des négociations de l’OMC de l’été 2008, et ce alors que des doutes se faisaient jour quant au libre-échange et plus généralement aux Lire la suite […]

De Gaulle et l’éducation: Jacques Narbonne

[wpfilebase tag=file id=18 tpl=download-button /] Entretien avec Jacques Narbonne, conseiller technique à l’éducation du Général, de 1958 à 1968, par Isabelle Voltaire et Claude Rochet, pour le numéro de la Revue Panoramiques “Education nationale, des idées à rebrousse-poil”, 2001 La lecture des “mémoires d’espoir” montre que l’éducation était une priorité pour le général de Gaulle. Lire la suite […]

Le partenariat transatlantique : ce que nous allons perdre pour ne rien gagner

Traité transatlantique Lire la suite […]

Hors de l’euro, le salut

La France doit lâcher cette bouée de plomb! Par Jean-Luc Gréau paru dans Causeur 03/07/2013 Le Président normal, son ministre des Finances et son ministre du Travail ne se lassent pas d’attendre la reprise économique. Ils ne doutent pas un instant que les entreprises et la demande américaine ou chinoise finiront par ranimer une France Lire la suite […]

L’Etat stratège, de la Renaissance à la troisième révolution industrielle

Par Claude Rochet, 2013-08-19 Ce texte est le chapitre sur l’Etat paru dans l’Encyclopédie de la stratégie (2014) chez Vuibert (Paris). Il est issu de la recherche faite dans la lignée de la traduction du livre de Erik Reinert “Comment les pays riches sont devenus riches et pourquoi les pays pauvres restent pauvres” dont j’ai Lire la suite […]

Peut-on innover sans collaborer?

Jeudi 16 avril, à l’occasion de son cycle de conférences mensuelles des rendez-vous de la double compétence, Ionis School of Technology and Management a accueilli Claude Rochet et Daniel Krob. Ils sont intervenus sur le thème de l’innovation dans l’innovation et de la nécessité de la collaboration entre entrepreneurs, chercheurs et ingénieurs pour innover Lire la suite […]

Le travail, la valeur, la politique: Etienne Chouard, Bernard Friot, Claude Rochet

Un échange particulièrement passionnant organisé par POLITOSCOPE TV avec Etienne Chouard, que l’on ne présente plus, Bernard Friot, que je ne connaissais pas, professeur émérite d’économie et grand spécialiste de la question du travail et du salariat, et toujours membre du PCF. Je vous laisse découvrir et commenter!   I° PARTIE II° PARTIE III° PARTIE Lire la suite […]

Compétitivité chérie, chère compétitivité

Compétitivité chérie, chère compétitivité Par Jean-Luc Gréau, janvier 2013 Le débat public français le veut ainsi. Le rapport Gallois, sur la compétitivité française, élaboré à la demande du gouvernement, n’a pas occasionné la confrontation d’idées qui eut permis de lui donner un impact véritable. Il a ouvert une fenêtre de tir médiatique instantanément utilisée par Lire la suite […]

Le bien commun comme main invisible. Le legs de Machiavel à la gestion publique

Le bien commun, concept central de la pensée de Machiavel, apparaît comme jouant le rôle d’une main invisible qui réduit les coûts de transaction, et la clef de voûte d’une pensée sur la gestion des affaires publiques. Lire la suite […]

Après l’effondrement de l’euro et de l’Union européenne: préparer l’avenir de l’Europe

De 1999 à 2002, année de l’entrée en vigueur de l’euro comme monnaie, nous avons produit quantité d’analyses démontrant l’inanité de cette entreprise – l’euro – qui devait nous apporter monts et merveilles. J’ai encore en tête un éditorial de Jacques Attali “Pas d’euros pas d’emplois”:-) . Le problème des zones monétaires optimales, l’ajustement Lire la suite […]

La face cachée de la finance

On se souvient de la déclaration tragi-comique, illustrant l’inconsistance du personnage, d’un candidat à l’élection présidentielle de 2012 “Mon ennemi c’est la finance“. Eut-ce été vrai que c’eut été une bonne nouvelle et des naïfs le crurent au point de l’élire. Le pouvoir de la finance est destructeur car elle ne remplit pas son rôle Lire la suite […]

La guerre avec la Russie comme ligne de démarcation?

Après l’élection surprise (pour les médias qui ont pris l’habitude de désigner le vainqueur à l’avance) la victoire de François Fillon aurait-elle eu pour composante sa position à l’égard de la Russie, une position de coopération et non plus belliciste, comme celle imposée à la France et au gnome qui la préside par le Etats-Unis? Lire la suite […]

Chevènement et le défi de civilisation

Jean-Pierre Chevènenement est une anomalie dans le paysage politique français: un homme politique cultivé. C’est un oxymore quand on côtoie dans ce monde un gourou de l’esbrouffe et du cumul de rémunérations comme Jack Lang, une grande bobo nunuche comme Nathalie Kokiusco Morizet et un Jean-Christophe Cambadélis avec ses diplômes universitaires bidons… arrétons-là la liste Lire la suite […]

Le reconversion des monovilles russes en smart cities

Dans la poursuite de mes travaux sur les smart cities, j’ai présenté le cas des monovilles russes au séminaire franco-russe d’économie organisé par Jacques Sapir et L’Académie des Sciences de la Fédération de Russie. Je mets en ligne mon intervention et vous pourrez télécharger le papier complet. Vos contributions et votre feedback seront, comme toujours Lire la suite […]